Teleferik « Blood Orange Sirup »

Teleferik

Voilà un groupe que je suis depuis ses premiers ébats, et que je suis toujours heureuse de retrouver au fil des années. Teleferik, c’est ce duo parisien (Eliz au chant et à la basse, Arno à la guitare) au potentiel de folie, qui mélange comme personne le rock’n’roll 70’s et les inspirations spirituelles de l’Orient. Imaginez un peu Led Zep (ou Page & Plant sur “No Quarter”) qui danserait dans une grande insouciance avec la belle Natacha Atlas, et rencontrerait au passage leur vieille copine Patti Smith. Sur la papier ça sonne bien. Sur disque c’est encore mieux.

Car sur ce nouvel album, Teleferik assume enfin tout son potentiel, toutes ses belles contradictions, ses influences larges et ses engagements féministes et humanistes.
Blood Orange Sirup” nous offre un voyage planant, bourré de belles références et de vibes bien rock’n’roll. Si les racines du groupe sont toujours bien ancrées dans la terre du blues et du rock 70’s, Teleferik choisit de les marier à de belles sonorités orientales, avec une envie brûlante de bousculer les codes et d’abattre les frontières. Arabe, anglais, français, Eliz décide de ne pas choisir son camp entre sa terre natale, ses origines et ses amours, laissant librement s’exprimer sa belle voix puissante de blues girl, entre larmes et rage, mais avec toujours un sourire dans le coeur.

Aloulé” ouvre l’album comme une porte enchantée vers un voyage psychédélique, tandis que “Khalina N Shouf” invite à la danse dans une transe étrange à laquelle serait conviée Rachid Taha et Catherine Ringer. Les arrangements magnifiques de Rizan Said et Kenzi Bourras apportent une touche gracieuse et mélancolique qui manquait jusqu’alors au duo. Les meilleurs titres sont les plus arabisants ( les poignants “De l’Autre Côté”, “You Are Poetry”, “Queen Of The Harem”). Le groupe s’offre également des morceaux plus pop (“So Many Lovers”, entre Blondie et Elastica, “Cheveux Denses”, très efficace sous adrénaline new wave). Entre deux, Eliz se transforme en punkette arabe sur l’excellent et urgent “Sarr Lezim”, qui dénonce la crise écologique. Le blues n’est jamais bien loin (“Queen Of The Harem”) et c’est l’occasion de saluer le son vraiment impeccable des guitares d’Arno, avec juste le crunch qu’il faut, une sensibilité à fleur de peau et un groove qui tue. C’est pas tous les jours qu’on entend un aussi bon guitariste, au son aussi lêché, sur une production française, indé de surcroît…

Tout cela fait donc bien plaisir et on ressort secoué, enchanté de ce voyage hypnotique aux milles et une couleurs, qui ne choisit pas son camp entre tendresse et violence, rage et désespoir. Ici on joue du blues, celui qui vient du coeur, du fond de l’âme d’une voix rocailleuse, du bout des doigts d’un guitariste inspiré. C’est un voyage au bout du monde, dans les racines profondes du rock’n’roll, quand il revient à son essence la plus pure, débarassé des artifices et des conventions. Un rock’n’roll humaniste et engagé qui fait bouger les corps et les coeurs dans un flamboyant feu d’artifice sonore.

Chapeau bas les artistes.

Teleferik « Blood Orange Sirup » ©Teleferik/Differ-Ant 2019, sortie officielle le 5 avril 2019

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