Bully et le come back des 90’s

Ça fait presque un drôle d’effet. Comme un goût amer. Bon, c’était marrant au début. Soundgarden se reformait, sortait un disque inégal mais écoutable (“King Animal” en 2012), Hole (ou ce qu’il en reste, soit une Courtney pas toujours bien lunée), avait également tenté le coup en 2010 avec le sur-produit “Nobody’s Daughter”, un disque malheureusement assez médiocre malgré quelques fulgurances (“Pacific Cost Highway”, “Never Go Hungry”). Bref rien de mémorable qui vaillent vraiment la peine de salir notre souvenir juvénile. Et voilà que c’est repartie.

Lana Del Rey : Une si belle imposture…

Drôle d’époque tout de même. Où les faussaires récoltent la gloire et l’argent. Une star en carton pâte, bien déguisée en héroïne lynchienne qui plait aussi bien aux Inrocks qu’aux auditeurs de NRJ, affiche son beau minois figé. Lèvres pulpées au collagène et lifting à vingt ans. On se croirait presque dans un roman de Bret Easton Ellis tellement l’affaire semble diaboliquement ciselée. Rien n’est laissé au hasard. Calculé, rafistolé, relooké, marketé, empaqueté, projeté, vendu, emballé. Prêt à embarquer pour des millions d’exemplaires. Prêt à être gobé.

L’autre jour, un peu lasse, je me baladais avec mes enfants chez un « disquaire » bien connu et j’entends de loin ce titre de Lana Del Rey donc, « Shades Of Cool » qui ressemblait à s’y méprendre à un morceau des magnifiques Mazzy Star « California ». L’imposture est tellement belle qu’on en vient presque à apprécier le morceau gentiment dark de Del Rey alors qu’on crachait jusqu’à présent sur à peu près tout ce qu’elle représentait. C’est quand même un comble.

Pourquoi les américains ont tout compris (et le rock français s’est tué dans l’oeuf)

Quand je regarde parfois ce qui se passe musicalement de l’autre côté de l’Atlantique, je me dis qu’on aurait quelques leçons à tirer de la manière qu’ont un bon nombre de groupes américains d’appréhender les notions de scène, de groupe et de partage. Prenons la scène underground de L.A par exemple, qui semble actuellement en pleine ébullition avec l’apparition d’un grand nombre de groupes (souvent leadés par des filles), dont certains ont déjà signé sur des majors (Deap Vally, Best Coast, Bleached). Loin de se tirer dans les pattes, les groupes s’entraident, partagent des scènes et leurs fans et s’organisent pour trouver ensemble un moyen de faire bouger les choses. Soutenus par des labels indépendants pointus en mode DIY (Burger Records, Lolipop), les groupes diffusent leur musique sur la scène locale (et via internet à travers le monde), dans un esprit visiblement friendly. Bref ils ont bien retenu les leçons de l’esprit punk, ne négligent pas les fanzines, mais contrairement à certains courant, ne sont jamais élitistes. Ils font de la bonne musique et ils aiment ça. Au final on en demande pas plus.

Cat Power, Fiona Apple, Patti Smith:queens of yesterday?

Quel mouche a donc piqué Cat Power? Non mais sans blague, j’aimerais bien qu’on me dise ce qui a bien pu passer par la jolie tête de notre chère Chan Mashall, hier encore reine du folk indie, aujourd’hui icône déchue. Bon d’accord le déclin avait déjà été amorcé en 2008 par un disque de reprises paresseuses (« Jukebox ») clairement en demi teinte. Mais avec « Sun » sorti ces derniers mois, la belle est tombée bien bas. Beats electro, morceaux minimalistes (certes sa marque de fabrique) mais d’un ennui abyssal, claviers, vocodeurs et tout le tralala…Alors oui, sa voix, intacte a gardé ce beau grain sexy, intime et chaleureux qu’on aimait tant. Mais mis au service de morceaux aussi creux et même parfois d’un goût douteux, elle perd d’un coup tout son intérêt. Bien entendu, la presse parisienne crie au chef d’oeuvre (ou presque), du genre quel audace d’avoir su se réinventer!… Certes, mais dans certains cas, mieux vaut s’abstenir.