14
mai
2012

Comme les Kills, Hoboken Division affectionne le rock crasseux, hérité des Stooges et du vieux blues de John Lee Hooker. Comme les Kills, Hoboken Division est un duo suave et salement sexy. Comme les Kills, Hoboken Division n’aime pas les batteurs (ou préfère rester en couple!) et joue avec le feu d’une boîte à rythme (ça passe ou ça casse, mais dans leur cas, ça passe plutôt bien). Bref, Marie et Mathieu d’Hoboken Division sont presque comme VV et Hotel. Ils ont presque tout compris à l’affaire du rock’n'roll.

Carrément emballant leur 1er Ep, déborde de riffs crados balancés par un blues lover qui se laisse mené au doigt et à la baguette par une voix à la Karen O, sexy en diable, charismatique à souhait. Bon c’est tout de même meilleur quand ça envoie du bois ( » Sugardaddy », « Out of Business » ) que sur les deux ballades bluesy un brin mollassones (« Radar On », « Happier Than You ») qui manque parfois un peu d’apparat. Mais le duo nancéien est assez malin pour nous faire passer la pilule sans effort en invoquant les maîtres du genre (Royal Trux, Detroit Cobras,Yeah Yeah Yeahs, et même parfois White Stripes). Bref c’est diablement intéressant, et à la fin du road trip vraiment trop court, on a qu’une envie: remonter à bord!

Vivement l’album donc…

Les titres du disque sont en écoute ici.

Enjoy!



18
avr
2012

Il y a deux ans déjà, je vous parlais dans ces pages de ce duo singulier et attachant, mené tambour battant par une chanteuse/serial killeuse du rock à talon aiguille. Sur son premier Ep, armée de guitares tranchantes façon massacre à la tronçonneuse, Johanna Serville détruisait les barrières et les clichés du rock, du folk et du punk pour délivrer des morceaux habités et déchirants oscillant entre larmes et fureur.

Ce premier album, « Storm », reprend donc les choses là où la belle nous les avait laissé: le souffle coupé par sa grande liberté d’écriture (on se souvient de « Twin Sister », sur le 1er ep…), et sa capacité à jouer avec nos émotions à grand coup de montagnes russes. Si on la compare souvent à Pj Harvey, ce n’est évidement pas pour rien. Elle a cette façon très punk et singulière de déstructurer les guitares, en y posant un chant brut totalement libéré, qui laisse la place à l’émotion. Car Johanna chante et joue à coeur ouvert, sans chichi, sans fioritures, sans jamais en rajouter. L’équilibre est parfait entre explosion de fureur (« Cunt ») et moment d’intimité (le très beau « High Heels », 2 titres déjà présents sur le premier Ep). Héritière du punk (« Jesus Is My Girlfriend »), elle en recrache l’essentiel, se jouant des leçons et des conventions avec une liberté déconcertante.

Si « Woo Hoo » ou « Shame » reprennent plusieurs gimicks Pj Harviens, on ne lui en tiendra pas vraiment rigueur, car la belle et son acolyte batteur/soliste sonique sont assez doués et malins pour nous faire avaler la pilule l’air de rien. Puis cela fait tellement longtemps que l’amie Polly ne nous a pas sorti un album digne de ce nom qu’on est pas forcément mécontent d’écouter des morceaux qui s’inspirent avec brio de ses heures de gloire (« Dry » et « Rid Of me » of course). Mais surtout, à plusieurs reprises sur l’album, Johanna tente de s’émanciper de sa cousine du Dorset, en mettant de l’eau dans son vin empoisonné et vient s’aventurer sur d’autres terres habités: sur « Hard Enough » on pense au folk hanté de Nina Nastasia qui s’achève sur un coup de tonnerre sonique (Sonic Youth est passé par là). Sur le très beau et bien nommé « Woman », Johanna, la voix tremblante et prenante, chante comme Beth Gibbons, mais surtout elle se libère totalement et prend toute son ampleur sur « Vain Lullabies », un sublime morceau de larme et de sang. Puis le rock sauvage reprend du terrain sur « Kiss Me Sweet » sur lequel plane le fantôme sexy et brumeux des Kills. Enfin la colère gronde et la tempête sinueuse, sombre et inquiétante (« Storm ») qui représente bien la musique de Jesus Is My Girlfriend, ravage tout sur son passage.

Ne choisissant jamais son parti entre rage et volupté, chagrin et fureur, Jesus réussit le pari de l’album en beauté. Un groupe définitivement à suivre de très près.

Plusieurs dates sont prévues dans le sud de la France, toutes les infos ici.



14
mar
2012

Ah les années 2000…Malgré tout ce qu’on peut, parfois à juste titre, leur reprocher, elles ont tout de même permis l’émergence une nouvelle vague de filles en pétard, qui s’inspiraient autant du punk 70’s, que du garage 60’s, le tout dans un joyeux bordel post punk déglingué et carrément réjouissant. Dans le meilleur des cas ça donnait donc Yeah Yeah Yeahs ou Be Your Own Pet. Et si Jemina Pearl s’est depuis pris les pieds dans la pop un peu trop soupe au lait, je n’attend personnellement plus grand chose de la pourtant si prometteuse Karen O, mais enfin les amis, ce n’est finalement pas si grave car ces dames là ont laissé la place à leurs petites soeurs et ce n’est finalement pas plus mal.

A Paris, c’est donc les joyeux Hulawhy qui décident de prendre la relève avec la sortie de leur premier Ep (j’en ai reçu un « homemade », la classe!). 5 titres à l’énergie communicative qui puisent autant dans le son post punk/psyché/barré (B 52’s, Talking Heads…) que dans l’esprit de la scène de New York 70’s (Richard Hell, New York Dolls….), avec aussi un petit coup de rétro au pays du garage (esprit de la pop es-tu là…)

Du bon côté de la force, les 4 parisiens s’en donnent donc à coeur joie à grand coup de riffs joyeux, soutenus par une session rythmique rentre dedans et sacrément efficace (mention spéciale à la basse dansante façon Tina Weymouth). Mais si le groupe parvient à faire chavirer nos coeurs c’est surtout grâce au charisme irrésistible de la voix de sa chanteuse (la jolie Nabiha), une petite bombe d’énergie qui n’a rien à envier à ses aînées, et qui doit sans nul doute tout dégommer en live. Fun, furieuse et sexy, sa voix (mi ange/mi garce) emmène le groupe danser du côté de la pop qui refuse de se prendre au sérieux et donne envie de taper du pied. Marrante, cultivée et taillée pour le dance floor (« Coconut », « Domestically »), la pop/punk de Hulawhy, pile poil dans l’air du temps, se trouve être le remède idéal contre la morosité ambiante, pas étonnant donc qu’ils aient déjà été repéré par le label Platinum qui les fera jouer le 24 mars prochain aux Mains d’Oeuvres à St Ouen.

Affaire à suivre donc…



13
fév
2012

Il y a des groupes comme ça, dont on ne peut s’empêcher d’être terriblement jaloux. Parce qu’ils ont à peu près tout: le son, le look, l’attitude, l’indépendance, la classe et surtout des chansons imparables. Profondément punk, irrésistiblement pop. Mad River a tout compris.

Loin, très loin devant la concurrence, Mad River sort ainsi son deuxième album « Shining », 4 ans après « Lonely Are The Brave ». Toujours aussi sauvage et indomptable, le trio balance un sans faute: 11 titres de rock cultivé et inventif, servi par un sens inné de la mélodie pop et porté par le charisme de ses deux leaders: Kim Ohio, chanteuse/furie, dont la voix insolente rappelle souvent l’énergie de Karen O (des débuts), et Fabrice, guitariste/mélodiste incisif au jeu subtil et souvent renversant. Derrière ce bel habillage pop moderne (certains diront « post-punk »…) Mad River expose des textes poétiques et engagés, offrant la vision d’un monde chaotique (« Hollywood Babylon ») avec un regard désabusé (« Hello Yellow », « Gold Into Lead »).

En bon magicien de la pop, Kim et Fabrice transforment ainsi tout ce qu’ils touchent en or, et grâce à de formidables trouvailles mélodiques (de voix, d’orgue et de guitare) chaque titre (ou presque) devient un tube. Malins, ils se servent de la britpop pour parler écologie (« Hello Yellow ») ou même d’une bien jolie comptine (incroyable « Shining ») au refrain implacable. Ils passent du coq à l’âne sans jamais se perdre de vue (du punk « Plastic Glance », dans lesquels Kim chante comme Iggy Pop époque Stooges, au riff Led Zeppelinien d’ »Hollywood Babylon »). Pas le temps de s’ennuyer tout au long de cet album riche en référence qui replace la pop, la vraie, au centre de la cause punk. Car ces temps ci, on l’oublie un peu trop souvent: mais la mélodie, c’est le nerf de la guerre. Car finalement, que trouve t-on derrière l’attitude et le son des vieux Buzzocks, Damned,Ramones ou Sex Pistols? Une p*** de chanson pop! Et quel est ce courant des 60’s que les rock critics appellent communément le garage (et qui est aujourd’hui un terme fourre tout utilisé à tort et à travers)? Ni plus ni moins que de la pop. De la vraie. De belles mélodies accrocheuses. De sacrées tubes en puissance. C’est dans ce sillon là que se situe les trois amis de Mad River.

Car tout au long de « Shining », on pense à plein de trucs cool: Buzzcocks, Be Your Own Pet (« Your Happiness »), Yeah Yeah Yeahs, Blondie, Blur, et même les Strokes sur le très beau « Guaranteed » (mon morceau préféré). Rien à jeter. Tout est bon. C’est même presque trop court.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…



16
jan
2012

L’inconvénient de découvrir un bon groupe en live, surtout lorsque celui-ci nous a particulièrement séduit, c’est qu’on attend beaucoup de leur passage en studio. Or, on le sait bien, le rock’n'roll, le vrai, suave, sexy et méchant comme celui des Twin Arrows est taillé pour la scène. Leur son sale, vénéneux, trempé dans l’alcool, la sueur et nourrie au biberon du rock seventies (Doors, Led Zep, Hendrix…) s’apprécie vraiment sous la chaleur des spotlights.

Cependant, dans l’exercice studio les 5 compères parisiens s’en sortent plutôt bien. Variés et cultivés, les 10 titres qui composent leur premier album explorent les méandres du rock’n'roll dans toute sa splendeur et sa décadence. Les Twin Arrows n’ont peur de rien et partent dans tous les sens: du rock 70’s (le tube « Jinx » sur lequel plane le fantôme de Jim Morrison) au blues du bayou (« The Woods ») en passant par une ballade lumineuse (« Hey Day ») sous influence Velvet/Mazzy Star (au passage, meilleur titre de l’album) le groupe voyage et n’hésite pas à partir dans des structures complexes, sur les traces de leurs idoles même si parfois, la filiation est un peu trop flagrante ( « Sleepwalker’s Burn » trop calqué sur les Dead Weather). Malgré tout, leur son reste toujours infiniment séduisant notamment grâce à un duo de guitaristes brillants (dont un excellent soliste) et une chanteuse (Eléonore) sacrément charismatique avec sa voix sexy joliment éraillée, quelque part entre VV et Juliette Lewis, cette fille a un potentiel détonnant qui ne demande qu’à exploser.

Au final le groupe se démarque par sa liberté sauvage et l’ardente sincérité de ses compositions qui témoignent de la dévotion totale des Twin Arrows à la cause Rock’n'Roll. Et même s’il ne condense pas encore à sa juste valeur toute la sensualité et la fureur de ce groupe terriblement attirant, cet album est un joyeux apéritif qui se consomme sans modération.

Prochain concert: le 6 avril à la Boule Noire.



10
jan
2012

Brody Dalle et moi avons pas mal de choses en commun. Outre notre patronyme sympathique, nous étions toutes deux enceinte à la même période, elle, sous le soleil de L.A (ouche…!), moi sous la grisaille de Paris. Neuf mois et quelques kilos plus tard Brody a accouché à peine quelques jours avant moi d’un joli petit rouquin nommé Orrin Ryder Homme (pour ceux qui auraient oublié, Brody est accessoirement Mme Josh Homme). Comme les temps changent et que, sans se connaître, on peut presque tout savoir sur son voisin, j’ai donc suivi avec amusement nos grossesses simultanées via son twitter. Ainsi, tandis qu’elle assistait aux enregistrements de son Homme de mari (en plein désert à 6 mois de grossesse…), je partais enregistrer un disque au Black Box avec mon groupe…

Les rockeuses et la maternité, voilà un sujet rarement (voir jamais) abordé dans la presse. A croire que ça ne fait pas rêver. Pourtant il y en aurait des choses marrantes à dire sur la question.

Parce qu’on a quand même du mal à décrocher nous les riot grrl. Gonflées à bloc, prêtes à tout dégommer, on se croit totalement invincibles. « Un concert à 7 mois de grossesse », ricanais-je en décembre dernier, « pas de problème! Au pire je chanterai assise! On fera un set acoustique! » (grimaces de mes compères musiciens, pas vraiment emballés…). Une fois de plus, je m’étais bien avancée, croyant pouvoir contrôler l’univers (et accessoirement mon corps) par la seule force du Saint Esprit du Rock’nRoll. Résultat: dernier concert au mois de mars, le ventre déjà bien rond à 4 mois de grossesse, regards gênés du public et du staff (bin quoi ce n’est donc pas sexy une femme enceinte??? On nous aurait donc menti???), et la peur terrible de repeindre la scène entre deux morceaux. (et oui, là aussi,on nous a menti, il y en a comme moi, chez qui l’état de gastro permanente dure neuf mois!). Heureusement, l’expérience s’est finalement révélée assez incroyable: le son qui vibre dans mon ventre, bébé qui s’en réjouit, un nouveau placement de voix plus ample et profond, forcée d’être plus statique qu’à l’accoutumée, mon corps est paradoxalement plus présent, plus ancré dans la scène. Ce soir là, il y avait deux chanteuses. Mon bébé et moi.

Bon je vous rassure, ça se termine quand même par une petite galette passée 23h, mais rien de bien méchant, juste le signe qu’il était temps de rentrer!

Un peu plus tard, à 5 mois de grossesse, nous partions pour le Black Box enregistrer notre 1er album. D’ordinaire, ce n’est déjà pas de tout repos, surtout qu’on a décidé de tout enregistrer en live pour garder le côté brut de nos morceaux. C’est à dire, tout le monde joue en même temps. Pas de retouche (ou peu), de toute façon, ce n’était pas le style de la maison. Autant dire, c’est du sport! Pour ceux qui connaissent un peu mon travail, vous savez déjà que vocalement, c’est plutôt physique, alors imaginez enceinte! Avec bébé qui bouge quand je crie! Une fois de plus, c’est un défi à relever (et ça inclut parfois quelques dommages collatéraux passés 23h-après cette heure la femme enceinte se transforme en zombie- ça non plus on ne nous en parle pas!). De plus les horaires (ou plutôt l’absence d’horaire) qui caractérisent le travail en studio sont difficilement compatibles avec l’état de femme enceinte (les ingé-son, c’est un peu comme les vampires, ça vit la nuit…). Autant dire, une prise de son passé minuit, ça devient pour moi tout de suite beaucoup plus compliqué (surtout quand il faut sortir les tripes). Bref je vous passe les détails un peu crados que ça inclut histoire de ne pas définitivement ternir mon image publique (héhé! j’ai une réputation à tenir!), mais tout ça pour dire, on a évidement rien sans rien (c’est un peu comme le stupide adage « il faut souffrir pour être belle »), il faut souffrir pour être une riot grrl, il faut souffrir pour être maman.

J’oubliais de dire que passé 7 mois, il est presque devenu impossible de se déplacer (surtout en plein été), non seulement à cause de notre superbe allure de baleine mais surtout à cause de la fatigue et du manque tragique de souffle (chanter devient alors impossible). Pour passer le temps pendant cette période de réclusion digne d’un moine tibétain, il me vient alors l’envie irrésistible de jouer de la guitare, mais imaginez avec une ventre gros comme un ballon de foot où placer mon bel instrument? C’est tout bonnement impossible! De plus les vibrations réveillent le bébé qui se met à faire du kung fu in utero (et ça fait mal!). Bref, grossesse et rock’n'roll, ce n’est pas toujours marrant (quoique…), mais je vous le promet les filles, pour une fois le vieil adage dit vrai: le jeu en vaut vraiment la chandelle…

I love you Melody!



5
déc
2011

Back To The Future en 2011? Oui oui, c’est possible…
Car voilà un album amusant et plutôt rafraichissant que nous propose le duo britannique Summer Camp. Et c’est vraiment le genre de titres dont on a besoin en plein hiver. Complètement décalés et anachroniques, Elizabeth Sankey (journaliste au NME…) et Jeremy Warmsley viennent jouer à fond la carte du revival 80’s avec un brin d’humour et beaucoup de nostalgie. Chansons synthétiques, refrain bubble-gum, et pas mal de kitch aussi. Dans le meilleur des cas (les réjouissants « Better Off Without You », « Down », « 1988″), on pense à Bowie période « Modern love », à Cure, Soft Cell, Cocteau Twins, XTC, Talking Heads et à deux ou trois autres trucs cool que nous ont tout de même légués les 80’s. Mais dans le pire des cas (« I Want You », « Brian Krakow », « Done Forever ») on pense aussi à des groupes nettement moins attirants, (Depeche Mode) voir carrément repoussants (Duran Duran), la faute à un penchant un peu trop forcé pour l’électronique de pacotille qui résiste mal au temps qui passe…

Mais tout l’intérêt de ce disque réside dans sa façon plutôt ingénieuse de jouer avec les codes du son 80’s avec tout de même pas mal de dérision, et de le mélanger allègrement avec des influences 60’s (surf rock et girls group façon Shangri La’s), ce qui au final ramène le disque dans l’actualité musicale des années 00 (le nombre de groupe s’inspirant du son 60’s ne manquant pas: Vivian Girls et Beach House en tête). Miss Elizabeth chante d’ailleurs un peu comme la belle Zooey Deschanel de She & Him, elle même très branchée rétro 60’s…

Résultat, « Welcome To Condale » sonne comme la BO du bal de fin d’année de 1988 du lycée de Hill Valley. Visiblement hommage aux films de John Hughes (des samples de dialogues de films parsèment le disque), on se croirait replongé dans les années Breakfast Club, avec tout ce que ça implique de naïveté, de mauvais goût et d’insolence aussi…

Bref un sympathique petit voyage dans le temps tout à fait opportun.



23
nov
2011

Tout d’abord une petite mise en bouche, en attendant la sortie de « Let’s Get Gone », 1er album des parisiens de Parlor Snakes prévue pour Janvier 2012, avec ce clip moite et sexy de l’excellent « Light Up The House »:

Leurs collègues de The Locomotive Sound Corporation, proposent également un nouveau titre en écoute ici. J’étais vraiment tombée sous le charme de leur premier Ep cet été, un condensé de rage indus et garage, sous influence Dead Weather/Nine Inch Nails. Malheureusement ce « Western » me déçoit quelque peu, s’embourbant dans pas mal d’effet noisy, et perdant en cours de route les mélodies et l’efficacité…
Prochain concert: le 22 décembre au Scopitone à Paris.



20
oct
2011

Au départ il y a ce titre « Puritan » qui débute comme un morceau caché de Mazzy Star (la douce voix de Molly Hamilton, chanteuse du groupe, s’inspirant outrageusement de la belle Hope Sandoval), mais s’achève en une très belle bluette pop. La suite ne déçoit pas. Originaire de Brooklyn, le trio Widowspeak ballade, sur son premier album éponyme, sa mélancolie nonchalante à travers des morceaux rêveurs qui rappellent les bons moments de la scène dream pop des 90’s.

Langoureux et lancinant, porté par la voix endolorie de leur chanteuse, le groupe navigue dans les eaux troubles du rêve (« Limbs », »Half Awake », « Ghost Boy »). Molly, à demi éveillée, jouant à merveille son rôle de guide dans ce voyage planant et quelque peu inquiétant. Au hasard d’un détour sinueux, l’air de rien, on croise parfois la route de fantômes inattendus (« Nightcrawlers », très Morriconien, et le joli, « Gun Shy », qui débute comme un morceau de Roy Orbison). N’oubliant jamais dans tout cela d’écrire de sacrées bonnes chansons (les tubesques et très pop « Hard Times » et « Fir Coat ») le trio propose même au final, une beau moment hypnotique, « Ghost Boy », hommage au Velvet Underground (battements à la Moe Tucker, guitare très « Heroin »…), et aux groupes de David Roback.

Tout au long de son premier album, le groupe mélange donc des influences 60’s (Velvet, Kinks, Love…), et 90’s (Mazzy Star, Opal, Cowboy Junkies), sans se soucier des modes et du temps et le résultat est souvent séduisant. Même si certains morceaux manquent parfois d’un peu de corps et de profondeur pour pouvoir toucher du doigt leurs illustres influences, ce premier album révèle un bon petit groupe plein de promesses et follement attirant.



16
sept
2011

Découvert par hasard cet été, le groupe de rock garage parisien Parlor Snakes monopolise depuis ma platine avec leur très bel album « Let’s Get Gone », que j’ai déjà évoqué dans ces pages. Hypnotique, sauvage et cultivé, « Let’s Get Gone » propose en effet un voyage cinématographique au coeur de l’Amérique déjantée et de ses idoles rock’n'roll, au cours duquel on croise les fantômes de Debbie Harry, Jeffrey Lee Pierce, Roy Orbison ou John Lee Hooker…
Ma curiosité aiguisée, je m’en vais donc ce jour là m’entretenir avec leur jolie chanteuse, Eugénie, comédienne et front-woman de velours de ce combo décidement passionnant…

Tout d’abord merci d’avoir accepté cette petite interview!
Eugénie: merci à toi!

On va parler un peu des débuts du groupe…J’ai lu que vous vous étiez rencontré lors d’un mariage…c’est pas banal!
Eugénie: Effectivement! Peter (guitariste et co leader du groupe) et moi même nous nous sommes rencontrés à son propre mariage avec la batteuse du groupe à l’époque. Nous nous connaissions avant, mais ces quelques jours de fête ont décidé de la création du groupe. Nous étions très insouciants mais motivés et … un peu ivres!
On s’est mis au boulot et aujourd’hui nous sommes toujours ensemble, à faire de la musique autour de PARLOR SNAKES. Peter était déjà guitariste dans des groupes à New York et moi je chantais aussi pour d’autres formations. Les rôles se sont donc établis facilement et rapidement. On a bossé comme ça pendant un an, le temps d’écrire des chansons, puis on a fait nos premières scènes…

C’était il y a combien de temps?
Eugénie: C’était il y a 8 ans… quelque chose comme ça! Le temps passe vite…

Ca c’est sûr! Mais le line up du groupe a changé depuis je crois?
Eugénie: Oui. Nous avons changé de formations quelques fois. De bassiste et de batteur. Le bassiste est devenu UNE bassiste et la batteuse UN batteur! Aujourd’hui nous sommes très heureux du line up. Sachant que le noyau dur du groupe, Peter et moi, lui, n’a pas changé et ne changera pas.

Deux filles, c’est une constante dans le groupe alors?
Eugénie: Nous aimons bien la mixité. Cela apporte autre chose sur scène. Mais nous jouons de temps en temps avec un bassiste homme et c’est très bien aussi. Ce qui compte ce sont les chansons mais aussi l’énergie sur scène, le côté show est important pour nous.

90%

Je crois avoir lu aussi que tu étais comédienne?
Eugénie: Oui je le suis! C’est sans doute aussi pour cela que je te parle de « show ». J’aime la mise en scène. Mais attention, il ne s’agit pas de faire quelque chose qui ne serait pas naturel, mais de le pousser, de l’exacerber, pour créer quelque chose de différent sur scène. Le fait que je sois comédienne est un plus dans ce sens là sans doute. Tous les membres du groupe sont sensibles à cette idée. Les groupes ou les chanteurs que nous aimons sont souvent dans ce cas de figure. On les voit sur scène et on est transporté par leur énergie, leur sens de la scène et de la musique.

Qui compose dans le groupe?
Eugénie: Peter écrit la musique. Nous bossons souvent tous les deux dans un premier temps, je colle mes textes ou les nôtres, je fais la mélodie vocale. Et puis nous passons à la répétition avec les autres membres. Mais cela peut changer. Parfois c’est un rythme de batterie qui amène la composition.

Puisque tu parlais des groupes que vous aimez… Dans votre disque on ressent vraiment une grosse influence rétro, Cramps/Gun Club/Blondie, c’est à la fois très cinématographique et très garage, il y a certainement d’autres groupes que tu aimerais citer…
Eugénie: Je suis très contente que tu cites ces gens là. Ce sont effectivement quelques unes de nos influences mais oui, il y en a d’autres. Iggy Pop, les Stones, John Lee Hooker, PJ Harvey, Elvis Presley, Roy Orbison sont des artistes que nous écoutons souvent. Mais cela évolue. J’étais dernièrement au concert de Prince et cela n’a rien à voir avec notre musique, mais c’est quelqu’un qui m’influence aussi. C’est sans doute plus personnel.

Au niveau scènique tu veux dire?
Eugénie: Oui. Mais c’est souvent les gens qui écoutent notre musique qui citent d’autres artistes. Par exemple, c’est un artiste qui nous a dit, après un concert en Italie, que notre musique lui faisait penser au Gun Club qui aurait rencontré Blondie!

C’est marrant, j’y avais pensé aussi! Disons qu’il y a un côté très sexy et en même temps assez sauvage dans votre musique. On pense forcément à Blondie pour le côté glamour, et puis il y a ce truc un peu indomptable à la Gun Club, dans les guitares, genre de blues déglingué…
Eugénie: Tout à fait!

On sent que vous avez une identité musicale très marquée, très travaillée aussi dans le son.
Eugénie: merci!

On voit que vous y avez longuement réfléchi, que le projet a eu le temps de murir et d’évoluer…
Eugénie: Disons que cela prend du temps pour trouver son propre son, sa propre identité. Et Peter m’a fait découvrir énormément de groupes. Il est très au courant des nouveautés mais a également une culture musicale énorme. Faire de la scène est sans doute ce qui nous a permis de développer notre son et notre identité. Et changer de line up, cela amène de très bonnes surprises aussi.

Puisqu’on parle du son, où avez-vous enregistré votre album? Qui s’en est chargé?
Eugénie: Nous avons enregistré avec Bertrand Lantz au Studio Mupson, au Kremlin Bicêtre. Bertrand est surtout un ingé son de live, ce qui nous plaisait, et il avait déjà fait notre son notament à la Machine du Moulin Rouge, en première partie de Jim Jones Revue. Nous en avions été content alors nous l’avons pris pour l’album.

Vous aviez une idée précise de ce que vous vouliez faire? Ou c’est lui qui vous a aiguillé vers un certain type de son?
Eugénie: Nous savions déjà ce que nous voulions. En gros en tout cas! Nous en avons discuté avec Bertrand, écouté divers groupes, et les prises de son ont été faite dans ce sens là. Mais le plus gros du travail a été sur le mix. Nous l’avons fait en plusieurs étapes. Ecouter, réecouter, prendre du recul, retravailler jusqu’à ce que nous soyons contents.

Vous aviez des albums précis en tête pendant le mix?
Eugénie: Pas d’albums précis mais des sons de batterie, des réverbes de guitares, de la saturation, des effets de voix. des choses par ci par là. Nous étions toujours tous d’accord, en tous cas quand ce n’était pas ce que nous voulions!

En tout cas le son de l’album est vraiment excellent. Cela correspond tout à fait au style. Le mix est bien rock et la production est assez inventive, ce qui est plutôt rare chez un groupe autoproduit. Mais en fait vous avez un label je crois?
Eugénie: Oui nous sommes sur le label Double Legs. C’est un petit label mais le producteur qui travaille avec nous croit beaucoup en nous. C’est agréable d’avancer avec quelqu’un qui est passionné comme nous et qui prend des risques. Même si le label est petit et n’a pas beaucoup de moyens, on se débrouille!

En tout cas, ça le fait! Comment avez-vous rencontré ce producteur?
Eugénie: Nous sommes une petite équipe, mais soudée. Yves Plouhinec, le producteur, nous avait vu en première partie de Little Bob à la Boule Noire et par la suite nous a proposé de sortir un single 45t chez lui. Et maintenant c’est l’album. Nous avons ensuite rencontré notre manager, Matthieu Morin, et l’équipe s’aggrandie aujourd’hui autour de Parlor Snakes.

Revenons un peu à la composition, qui écrit les textes? C’est toi?
Eugénie: C’est moi. et parfois c’est Peter. Et parfois c’est nous deux.

De quoi parlent-ils?
Eugénie: D’amour; de rejet, de sexe, de colère! Nous sommes également influencés par le cinéma, la littérature. mais souvent les textes collent à nos vies.

Comment en es-tu venue au rock? Quel est ton rapport à cette culture, à cette musique?
Eugénie: J’ai toujours voulu faire du rock, du plus loin que je me souvienne. J’ai découvert les premiers clips sur MTV, les vinyls de mon père, les concerts, assez jeune. Et puis j’ai eu envie d’être comédienne. Et puis de nouveau la musique est revenue, comme si elle ne m’avait jamais lâché en fait. J’ai fait partie d’un groupe de performance pendant quelques années, dont le principe était d’amener le théâtre dans des lieux pas fait pour ça; donc des lieux rocks, undergrounds, des boites. Ce milieu là m’a toujours plu et je suis une fille souvent en colère. Le rock c’est parfait pour moi! C’est un milieu dans lequel je me sens à l’aise en comparaison avec le milieu du théâtre qui est beaucoup plus guindé. Il y a quelque chose de l’ordre de l’instantané dans le rock qu’il n’y pas ailleurs je trouve.

ça va donc de paire avec ton travail de comédienne?
Eugénie: Pour moi les deux sont liés.

Je comprend tout à fait.
Eugénie: C’est un plus.

J’ai fait pas mal de théâtre moi aussi, et pour moi le rock c’était une bouffée d’oxygène, quelque chose de beaucoup plus libre!
Eugénie: ah oui, je ne savais pas! Tu vois ce que je veux dire alors!

Tout à fait. C’est totalement lié, le chant, le corps de l’acteur, la performance scènique…C’est une sorte de continuité, sauf qu’il y a plus de liberté à jouer sa propre partition plutôt que celle d’un autre.
Eugénie: lorque l’on est comédienne il faut se mettre dans la peau d’un personnage et se plier à un certain nombre de contrainte pour le servir au mieux. Dans le rock, il y a un peu de cela, mais il y a surtout la liberté de faire ce que tu veux, ce que tu sens, au moment où tu le sens, sans que personne ne vienne te dire, « non c’est pas comme ça qu’il faut faire »…Je dis cela mais en même temps jouer me manque, j’ai besoin des deux!

Je comprend. On ne s’évade pas de la même façon… Et dans le théâtre il y a aussi le plaisir de jouer de beaux textes!
Eugénie: Et puis je ne sais pas si tu ressens cela, mais les gens ont parfois besoin de coller des étiquettes et ne comprennent pas qu’un artiste c’est une personne pluridisciplinaire, qui sait faire plein de choses et utiliser diverses formes d’art pour s’exprimer…

En effet…
Eugénie: Mais oui pour moi, les deux sont liés, comme pour toi. Et je suis sûre que le fait d’avoir commencé par faire de la danse classique, c’est lié aussi, j’imagine.

Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire de la musique et de monter sur scène?
Eugénie: J’ai toujours été fasciné par les Rolling Stones car mon père écoutait énormément cette musique quand j’étais gamine. Après il y a eu Prince pour son côté provoc’ et ses chansons sexuelles, Bowie aussi….

Comment vis-tu le fait d’être une fille dans un groupe de rock (milieu parfois un peu machiste tout de même…)?
Eugénie: Je le vis plutôt bien! jusqu’ici je n’ai rencontré que des gens, des hommes donc, plutôt bien. J’ai même le sentiment que le fait d’être une fille est un plus…. une fois que tu as fais tes preuves! J’ai des souvenirs de balances ou tu sens les techniciens, les musiciens d’autres groupes, les régisseurs qui attendent que tu ouvres la bouche, que tu sortes un son et que le groupe envoie la musique pour te dire… ah ouais, c’est cool! De manière générale, cela se passe bien. Je n’ai jamais été confronté à certains bonhommes malsains comme j’ai pu en rencontrer au théâtre entre nous! Et puis nous sommes un groupe mixte, il n’y a pas que des filles. Donc il y en a pour tous les goûts! Et toi?

Disons que quand tu es une fille, j’ai le sentiment que tu dois d’avantage faire tes preuves, on t’attend au tournant quand on te voit arriver. Tu n’es pas forcément prise au sérieux au premier abord…
Eugénie: Mais par contre, une fois que tu as fais tes preuves, ça roule et les gens sont plus attentionnés peut être. Car finalement nous sommes peu nombreuses à faire du rock!

C’est vrai, nous sommes en minorité!
Eugénie: c’est plutôt bien pour nous!

Sinon quels sont les groupes actuels que vous écoutez?
Eugénie: On a beaucoup écouté Dirty Beaches, Jim jones Revue, et puis Peter m’a fait écouté une nana qui s’appelle Lana Del Rey que j’aime beaucoup. The Ettes aussi. Et puis de la soul: Charles Bradley, Raphael Saadik. Et toujours Tom Waits, Jon Spencer entre autres…

Que penses-tu de la scène rock parisienne actuelle? Trouvez-vous facilement des concerts?
Eugénie: Pour l’instant nous n’avons pas de tourneur en France. Nous en avons un en Italie. Donc la recherche de concerts passe par moi et notre manager. ça n’est pas toujours facile, il y a beaucoup de demandes, beaucoup de groupes et pas tant de lieux que cela finalement en dehors des grosses scènes. Mais avec la sortie de l’album, la recherche est facilitée par la légitimité de la sortie. Le tourneur est nécessaire maintenant pour nous. nous aimerions pouvoir nous placer plus souvent sur des premières parties car elles apportent plus de visibilté.

C’est certain. Et puis il y a de moins en moins de lieux prêt à accueillir convenablement des groupes de rock…
Eugénie: Disons que les lieux ont de plus en plus de contraintes. Maintenant nous tournons beaucoup en Italie et les choses sont très différentes là bas. Les concerts ne démarrent jamais avant 1h du matin et durent jusqu’au levé du jour. Nous avons très rarement été confronté à des limites de son et d’heures.

Le grand problème de la France et du rock…
Eugénie: c’est clair! C’est dommage, mais nous n’avons pas cette culture là et nous sommes des couche-tôt!

Pour finir, quels sont vos projets futurs? Votre album ne sort qu’en janvier je crois?
Eugénie: Il sort en digital mi octobre et la sortie physique, dans les bacs, en janvier, sur le distributeur Modulor.

Vous serez le 1er octobre au Gibus, d’autres dates à venir?
Eugénie: 1er octobre au Gibus, du 20 au 22 octobre à Clermont Ferrand, mi décembre en Italie, et le 28 janvier au Bus Palladium. D’autres dates a venir…

Cool! Plein de belles dates en perspective!!! Y-a-t-il quelque chose que tu souhaiterais ajouter?
Eugénie: je te remercie Clara, c’est un plaisir d’échanger avec toi. Notre single sortie l’année dernière « Shotguns » est toujours disponible sur www.handsandarms.com

C’est noté! Rendez vous en live alors!
Eugénie: avec grand plaisir! A bientôt rebel girl*