Pourquoi les américains ont tout compris (et le rock français s’est tué dans l’oeuf)

Quand je regarde parfois ce qui se passe musicalement de l’autre côté de l’Atlantique, je me dis qu’on aurait quelques leçons à tirer de la manière qu’ont un bon nombre de groupes américains d’appréhender les notions de scène, de groupe et de partage. Prenons la scène underground de L.A par exemple, qui semble actuellement en pleine ébullition avec l’apparition d’un grand nombre de groupes (souvent leadés par des filles), dont certains ont déjà signé sur des majors (Deap Vally, Best Coast, Bleached). Loin de se tirer dans les pattes, les groupes s’entraident, partagent des scènes et leurs fans et s’organisent pour trouver ensemble un moyen de faire bouger les choses. Soutenus par des labels indépendants pointus en mode DIY (Burger Records, Lolipop Records), les groupes diffusent leur musique sur la scène locale (et via internet à travers le monde), dans un esprit visiblement friendly. Bref ils ont bien retenu les leçons de l’esprit punk, ne négligent pas les fanzines, mais contrairement à certains courants, ne sont jamais élitistes. Ils font de la bonne musique et ils aiment ça. Au final on en demande pas plus.

Evidemment comme on a toujours à peu près douze trains de retard en France, personne ne relaye encore l’info dans une presse rock de plus en plus à la ramasse. Heureusement les blogs et webzines font leur boulot de dénicheur, et la magie d’internet permet à ces groupes d’être écoutés, diffusés, appréciés.

Comment espérer qu’une telle chose puisse se produire en France? Mon humble expérience de la scène parisienne m’a malheureusement prouvé à quel point nous avions peu l’esprit d’équipe. Les groupes sont de plus en plus nombreux et la concurrence est rude. Hélas, plutôt que de penser à progresser ensemble, car dans le cercle underground c’est la seule alternative possible, les groupes se jalousent et avancent à petit pas chacun de leur côté. On rechigne à se refiler les plans, les contacts, les amis. J’ai le souvenir d’un groupe concurrent du nôtre (alors qu’on aurait tout à fait pu être amis) qui nous avait bloqué de MySpace (ça paraît loin d’un coup…) de peur qu’on lui pique sa base de fans! Je me souviens de l’étonnement d’un pote musicien, à l’époque dans un groupe de fusion reggae, justement attéré qu’un collègue refuse de lui filer le numéro d’un de ses contacts, programmateur d’une belle salle parisienne. Sans parler des groupes qu’on invite gentiment sur des dates et qui ne vous renvoient JAMAIS l’ascenseur.

Des anecdotes comme celles là, j’en ai en pagaille mais pas besoin de toutes les citer pour appuyer mon propos (mais vous pouvez vous lâcher si vous en avez, dans les commentaires…). Voilà entre autre la raison pour laquelle la scène française est morte née. Voilà pourquoi les groupes amateurs, restent amateurs, les groupes en développement ne se développent plus. Les mouvements semblent inexistants parce qu’ils manquent de visibilité, d’engagement, d’esprit fédérateur. Parce que si on travaillait tous ensemble, les choses changeraient peut être.

Heureusement, on a aussi parfois rencontré de belles personnes, et c’est un peu comme dans tous les milieux, y a des abrutis partout, mais disons qu’avec l’égocentrisme nécessaire d’un « artiste » qui se respecte, tout cela est quand même bien exacerbé.

Alors voilà, un petit coup de gueule en passant, parce que n’en déplaise à certains rock critiques paresseux, il se passe des choses en France. Des bons groupes, j’en découvre tous les jours. Mais hélas, ils sont bien cachés…

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10 Commentaires

  1. Je pense que le problème est encore plus profond que cela : en France on a une mentalité complètement différente et un rapport avec l’art très difficile.

    Dans les pays anglo-saxons, c’est normal d’aller au pub 4 fois par semaine pour aller écouter des groupes dont on n’a jamais entendu parler.

    Chez nous, sortir le soir voir le concert de quelqu’un qui n’a pas de notoriété nationale – payant qui plus est, c’est pas dans les mentalités.

    A partir de là, tout acte musical public est faussé en France. On est poussés à réfléchir en termes de concurrence, encouragés par les tremplins qui reposent sur le pognon des groupes, forcés à une activité facebook permanente sous peine de ne même plus être visible de ses followers. Tout se fait sans partage, sans échange, dans une compétition sans fin qui fatigue tout le monde et finit par couper les pattes de la créativité française.

    Il faut sortir du modèle pour proposer des choses neuves, j’en suis convaincu. Mais on peut faire encore des choses chez nous. J’en suis convaincu aussi :)

  2. Complètement d’accord avec toi Palem!

  3. AMEN! Je suis bien heureuse d’être tombée sur ce blog :-)

  4. alextwist dit :

    concernant le manque de solidarité sur la scène, je ne suis pas d’accord et ces deux textes publiés hier et aujourd’hui vont exactement dans le même sens que le mien

    http://www.villaschweppes.com/article/howlin-banana-le-stakhanovisme-rock_a4729/1

    http://lestambours.com/carnet-de-bord-fondateur-label-turc-mecanique/

    il y a une vraie solidarité entre certains labels, qu’ils aient des « sons » proches ou assez différents

    là on va faire la Villette Sonique avec 5 labels ensemble sur deux tables
    ceux qui avaient les documents demandés ont géré pour les deux autres et ainsi de suite

    honnêtement dans la scène qui m’intéresse (la scène garage) il y a une excellente dynamique et une vraie solidarité, on créé de beaux ponts entre Paris, Rennes, Marseille, etc.

  5. Ce qui est un peu terrible je trouve, c’est de voir comment en France c’est tout ou rien, mais entre les 2 c’est quasi inexistant…

    Exemple, sans émettre de jugement artistique, de Shaka Ponk ou Skip the Use, qui après avoir connu des petites salles très clairsemées font maintenant absolument tous les festivals, devant des foules énormes.
    Bref quand la machine commerciale s’emballe, on a un produit « mature » prêt à être laché dans le système médiatique (c’est horrible on dirait que je bosse au rayon marketoche de chez Heineken ou Kro ces généreux sponsors désinteressés).

    A coté de ça, on a les petits groupes qui restent dans l’obscurité et n’arrivent pas à dépasser le cercles d’amis proches et quelques amateurs enthousiastes. Et entre les deux, on a… pas grand chose.

    Après, je suis quand même ravi d’avoir eu des moments de trip total en assistant à tous ces petits concerts, même si je n’ai pas vécu les complications, les mesquineries et les galères de ceux qui vivent ça de l’intérieur.

  6. Bonjour
    Pourquoi il n’y a que la variété qui fonctionne en France ? Et que chaque fois qu’on pose la question a Benabar .renan Luce Les Grégoire et les autres….qu’écoutiez vous avant….c toujours la même réponse du rock .Beatles .stones.led Zep…ect…et pas une miette d’influence dans ce qu’ils font !!! Et même j.l Aubert que j’ai voulu écouter hier sur alcaline sur la 3.lui qui jouait dans dans un rare bon groupe garage rock français ! Il est retombé dans une niaiserie musicale insupportable .aller j’arrête .MDR

  7. @alextwist C’est vrai, heureusement il y a de belles exceptions! :)

    @Alain Tout ça est bien pathétique en effet…

  8. Bonjour Clara,
    Voilà bien des coups de griffes qui font réagir, n’était ce pas avant tout le but ?
    Pour apporter ma brique au moulin (ou un truc comme ça), je pense qu’on doit pouvoir aller au-delà des travers humains (jalousie, égocentrisme, mythomanie …) pour expliquer l’atonie de la scène underground rock française. Ces faiblesses humaines existent à Paris comme ailleurs au monde, et elles ont toujours ralentis les dynamiques de bonnes volonté. Sauf à Rennes et à la Méca. Or ces causes humaines ne sont pas spécialement propres à la France. Les causes sont donc ailleurs.
    Parmi différentes explications, je retiendrais facilement l’amateurisme dans l’organisation des petits concerts (genre moins de 200 personnes), faiblesse qui ne favorise pas le développement d’un groupe rock. Très souvent, il y a un maillon faible. Désistement ou annonce au dernier moment, retard de programmation (genre 2h00, pas 30 minutes hein), non respect des engagements des parties prenantes (musiciens, tenancier, organisateur, sonorisateur …) …etc . D’autres phénomènes comme l’esprit corporatiste, les subventions, ou la réglementation, sans compter les effets de tailles sur ce marché de niche (je pense surtout aux labels de disques indépendants) viennent contrecarrer très facilement les ambitions des acteurs.
    Et puis, il ne faut pas oublier la dimension culturelle. La France n’a pas créé le rock. Elle a peu contribué à l’histoire du rock. Elle n’est plus rock (rebelle) depuis 1789 (bon titre d’un bon groupe français d’ailleurs). Epicétout.
    Ton deuxième coup de griffes, les critiques “rock” sont inexistants. Euuhh, mouiii . Personnellement je mets ça sur le compte de l’overdose d’informations résultant de la prolifération des médias numériques. Aujourd’hui, dans ce foutras il faut se le gagner pour être dans de bons réseaux d’informations.
    Avant de finir, quelques desserts de bassesses rencontrées.
    – La disparition de flyers déposés quelques jours avant sur un présentoir (paf ! inzepoubelle)
    – L’absence d’annonces de dates de concerts sur des radios amateurs malgré un petit envoi de CD (paf ! X euros en fumée)
    – L’absence de relais judicieux sur les réseaux sociaux (no click !) au profit d’un bon vieux spam pourri (click ! click ! click!)
    Au plaisir de te lire , je salue ton effort de tartiner plus de 2 phrases au lieu de liker bêtement sur FaceBook :o)

  9. alextwist dit :

    ça fait grosso modo une petite dizaine d’année que je traine dans le « rock indé » au sens large et je trouve qu’il existe une très belle dynamique au niveau de la scène garage/punk/psyché/shoegaze en ce moment, et ce depuis quelques années déjà (3 ou 4 ans).
    Ce dynamisme est tel qu’à mon avis aujourd’hui la France a une des plus belles scènes garage-rock du monde. Bien sûr les USA et les grands pays anglophones (Canada + Australie) restent intouchables ou presque, mais par exemple le garage est beaucoup plus populaire et intéressant ici qu’en Angleterre. On est aussi excellent en shoegaze ou en psyché.
    J’ai monté mon label il y a trois ans porté par mon envie de participer à cette scène que je voyais émerger. Je ne suis pas le seul, autour de moi beaucoup en ont fait de même, ou ont monté des groupes, organisés des concerts etc.

    Aujourd’hui ce qui manque pour avoir un Burger français (quand bien même Burger n’est plus mon label favori depuis deux ou trois ans déjà car ils ont un rythme de sorties totalement surréaliste constitué essentiellement de supports K7 de vinyles qui sortent sur d’autres labels) me semble être des relais de communications, c’est très difficile avec des moyens limités et DIY de faire connaître ses groupes etc.
    Je trouve qu’on manque un peu de chauvinisme en France, ou disons de se regarder avec un peu plus d’objectivité et de confiance en soi.
    La scène fait ce qu’elle peut pour exister médiatiquement. La sauce commence à vraiment prendre. Il y a une multitude d’initiatives en France malgré un contexte économique compliqué (les gens achètent beaucoup moins de disques qu’il y a 10 ans c’est un fait, moins d’achats = moins de rentrée d’argent = moins d’investissement en argent). Toujours est-il qu’il existe des dissensions partout mais pour autant je crois qu’on est aussi solidaire qu’ailleurs, voir un peu plus car la scène est assez petite.
    On verra si la chose prend de l’ampleur, peut-être alors aurais-je un autre discours, mais pour le moment l’absence de thunes permet aux uns et aux autres de se serrer les coudes et d’essayer de faire avancer les choses pour tout le monde.

  10. @Alextwist : C’est vrai qu’il y a un vrai problème au niveau des médias qui ne s’intéressent pas (ou peu) à ce qui se passe vraiment sur la scène française. Du coup il est très difficile de toucher un maximum de gens et de promouvoir correctement les groupes. Surtout que comme disait Palem un peu plus haut, c’est souvent compliqué de faire bouger les gens à venir voir des concerts de groupes qu’ils ne connaissent pas forcément. Du coup c’est un peu le serpent qui se mord la queue. Les groupes font souvent leur com’ eux même (donc de manière amateur) et peinent (comme le disait justement Yann) à dépasser le cercle des amis ou des amateurs éclairés (heureusement il y en a). De plus on est pas aidé par les programmateurs frileux, ou les salles qui ne s’intéressent qu’au fric…

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