« All Be True » de Sheeduz: rock onirique from Paris…

Il est de ces groupes dont on est ravie de suivre le parcours au fil des années. Ainsi les trois filles de Sheeduz, que j’ai souvent eu l’occasion de croiser au détour de dates partagées et divers concerts, ont toujours su garder la tête haute et les poings levés, menant leur petit bout de chemin dans la jungle de la scène parisienne.
Après avoir sorti un Ep en 2004 (« The Barefoot Fairies »), puis un joli premier album en 2007 (« A Frozen Moment »), qui leur a permis de pas mal tourner en France et en Europe, les filles s’apprêtent à sortir, à la rentrée, un deuxième album intitulé « All Be True », enregistré et co-produit par Freddy Martineau (FFF, Feist…), déjà aux manettes de leur précédent opus.

Sur le papier, comme en live, Sheeduz a, semble-t-il, tout pour séduire: un groupe de fille évanescent, des morceaux rock, élégants et racés portés par une chanteuse en état de grâce, une batterie animale et incisive et une guitariste/pianiste au jeu subtil et incandescent.

Ce second album ne fait donc pas défaut à la réputation des Sheeduz et hisse même la barre un peu plus haut….

ça commence très fort avec le tubesque « Time », morceau au charme très PJ Harvey, qui recentre direct le propos. Une chanson diablement efficace qui laisse la place à des moments de batterie assez mémorable (pour l’avoir vu en live, Audrey Drums est sacrément impressionnante). Puis, comme pour prendre l’auditeur à contre pied, les Sheeduz changent ensuite complètement de tonalité et proposent une ballade possédée (« Dirt ») sur le fil du rasoir. Un choix pour le moins déroutant qui se confirmera tout au long de l’album qui alterne ainsi les bons morceaux rock à l’efficacité redoutable (« Jimi », « Perfect & Destroy », « All be True ») et les passages plus calmes, sous influence folk, voir jazzy.

Pas complexées, les filles font donc le grand écart entre rage et douceur, révolte et mélancolie, et ça leur va finalement plutôt bien. La production soignée de Freddy Martineau met particulièrement en valeur les performances d’Audrey Favier, à mon sens l’une des plus jolies voix de la scène rock actuelle, qui se lance, tout au long de l’album, dans des numéros d’équilibriste vocale particulièrement impressionnants (« Feel Free », « All Be True »), s’affranchissant ainsi de ses modèles (Katie Jane Garside bien sûr, mais aussi Kate Bush ou Tori Amos). Les ballades oniriques à tendance jazzy (« Dirt », « Moody Girl »), portées par un délicat jeu de piano ou des arpèges lanscinants, laissent la part belle aux émotions, et invoquent tendrement les fantômes du lyrisme de Jeff Buckley ou de Ruby Throat, tandis qu’un « Daily News » semble presque s’échapper d’un album de Queen Adreena (certes en moins destroy…). Et quand le piano s’emballe (« Applause »), on penserait même au cabaret rock des Dresden Dolls ou à la pop déglinguée de Kate Bush…

Ainsi les trois Audrey, tout au long de ce « All Be True », décident de ne pas choisir leur camp, situant le rock féminin au coeur de ses contradictions qui en font aussi toute la subtilité, l’intérêt et la force. Lyrique, puissant et mélodieux, ce disque est un joli moment de sensibilité rock et d’émotion à fleur de peau… Sans minauderie, ni jeu de rôle, Sheeduz propose au final un album sincère, délicat et particulièrement touchant.

A découvrir en live:
-le 26 août ,à 16h au Festival Rock En Seine (St Cloud)
– le 30 août au Batofar, à Paris

Ci dessous, le morceau « Jimi », en live au Printemps de Bourges en 2010:

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