Nina Nastasia is a princess…(le secret le mieux gardé du folk US)

Il faut que je vous raconte comment je suis tombée amoureuse de Nina Nastasia. Je passais l’été en Californie, il y a déjà de cela quelques années, et j’avais entendu ce titre, « Superstar », incroyable ballade à la mélancolie nonchalante qu’aurait pu nous pondre Hope Sandoval. C’était en fait, une jeune songwriteuse new-yorkaise, discrète et délicate, au patronyme digne d’une héroïne de Dostoievski: Nina Nastasia. Vraiment emballée, je m’empressais de me procurer son album, à l’époque, « Run To Ruin », chez un disquaire de San Francisco. On avait loué une voiture, pour filer sur la côté, et je peux vous dire que « Run To Ruin » est passé en boucle dans notre autoradio cet été là… Depuis, malgré la tristesse hivernale de ce bel album de spleen lumineux, impossible pour moi de le détacher des images rayonnantes des côtes sauvages de Big Sur. C’est amusant de voir comme les disques peuvent faire l’effet d’une madeleine de Proust. Une note ou deux, et tout défile…

En rentrant à Paris, j’appris que cette incroyable songwriteuse avait déjà publié un premier album « Dogs » en 99, qui venait tout juste d’être réédité, après des années de pénuries. « Dogs » fut un vrai choc. Je ne me lasse pas de l’écouter encore et encore. Les morceaux si simples, si intimes, si délicats, de Nina Nastasia me touchent toujours autant. Sa voix, caressante et distante est un miracle qui fait fondre nos coeurs de pierre, sans ménagement.

« Dogs » est bien sûr son chef d’oeuvre, un classique instantané de folk intime, sauvage, et indépendant qui a redéfini tous les codes du genre, avec des morceaux aussi sublimes que « Stormy Weather », « Nobody Knew her », ou « The Long Walk », dignes des plus beaux moments de Joni Mitchell ou Karen Dalton. Produit par Steve Albini (grand admirateur de Nina, qui enregistre, depuis, tous ses albums), il lui concocta une atmosphère intime, chaleureuse et vibrante. Il n’y a pas de miel, pas de sucre dans le folk de Nina. Les morceaux, comme les paroles, sont réalistes, bruts, familiers, plein de coups et de blessures. De très belles comptines vaporeuses, faites de ronces et d’orties. Les violons crissent, la batterie rythme les battements de coeur incisifs de ces morceaux bucoliques. Nostalgie de l’enfance, fragments de vie, amoureuse délaissée, la voix sensible de Nina, sincère, envoûtante, tantôt enfantine, tantôt langoureuse, habite impétueusement « Dogs » de bout en bout, et Albini, grand magicien du son, parvient à nous faire croire, avec génie, que le groupe joue dans la pièce, en face de nous…

Après un début aussi flamboyant, difficile de faire mieux. Cependant, Nina a toujours tenté d’explorer de nouveaux horizons: plus country sur « The Blackened Air » (son second opus); plus sombre et orageux sur le sublime « Run To Ruin ». Sur son quatrième album « On Leaving », Nina est revenu vers l’américana sensible et délicieux, qui fit le succès de « Dogs », de très grands morceaux donc, comme « Why Don’t You Stay Home », « Counting Up Your Bones » ou « TreeHouse Song ». qu’on avait déjà découvert sur les John Peel sessions (encore un grand fan de Nina). En 2007, Nina a fait carrément dans l’expérimental avec le très aride « You Follow Me », fruit de son travail avec le batteur Jim White (Dirty Three), les morceaux étaient toujours là, mais Jim White partait régulièrement un peu trop en live (batterie très rock, ou très jazzy, ou très à l’ouest, sur les folksongs mélancoliques de Nina, c’est assez déroutant).

Cette année, Nina revient avec « Outlaster », toujours enregistré par Steve Albini. Dès le début, on tombe sur le bouleversant « Cry Cry Baby », lui aussi découvert il y a quelques années sur les Peel Sessions. C’est assez incroyable que la belle n’ai pas pensé à l’enregistrer plus tôt. Sur les Peel Sessions, Nina jouait seule, guitare/voix, comme à la maison. Les morceaux magiques semblaient d’autant plus familiers…
Sur « Outlander », Nina a carrément embauché un orchestre de chambre. Sans pour autant tomber dans la grandiloquence, les morceaux sont transportés, élevés vers des cieux majestueux. Ces arrangements luxueux viennent illuminer le spleen miraculeux de la jeune songwriteuse. Car Nina, belle amoureuse inconsolable, n’a pas fini de nous surprendre et on trouve encore d’incroyables pépites folk gracieuses et poignantes telles que « You’re a Holy Man », ou « You Can Take Your Time ».
Digne héritière de Neil Young, Nina est une grande conteuse de l’Amérique, délicate et sauvage. La poésie libre et sensible de ses textes, fait souvent penser aux récits des vagabondages de Jack Kerouac (pas si loin de Big Sur…).Elle peint avec une grande délicatesse des destins brisés, des histoires d’amour qui finissent mal. Plus mis en scène, plus théâtral, elle explore, sur « Outlaster »,de nouveaux horizons, lorgnant vers le cabaret ou le tango bizarroïde ( « This Familiar Way »), venu de l’est , ou même vers les fantômes celtique de Sandy Denny. Hanté par les sombres feux du passé, la musique de Nina Nastasia est intemporelle, sans compromis. A la fois angélique (« Outlster ») et ensorcelante (« Wakes »), elle remet, avec une grande classe, toutes les petites folkeuses en herbe à leur place. Car chez Nina Nastasia, le folk est dangereux, aventureux, violent. Point de mièvreries, ni de chichi, ici, le terrain est miné, la mélancolie, latente et fascinante, sublimée par les arpèges de guitare aériens, délicats et la douce voix hantée de cette princesse de l’Amérique désabusée.

Moins connus que Cat Power ou Alela Diane, mais tout aussi importants (voir plus) les disques de Nina Nastasia sont des secrets intimes et bien gardés, que je vous invite à faire découvrir au plus grand nombre…

Ci dessous, la video de « Cry Cry Baby » :

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