La grossesse, le rock’n’roll, et moi…

Brody Dalle et moi avons pas mal de choses en commun. Outre notre patronyme sympathique, nous étions toutes deux enceinte à la même période, elle, sous le soleil de L.A (ouche…!), moi sous la grisaille de Paris. Neuf mois et quelques kilos plus tard Brody a accouché à peine quelques jours avant moi d’un joli petit rouquin nommé Orrin Ryder Homme (pour ceux qui auraient oublié, Brody est accessoirement Mme Josh Homme). Comme les temps changent et que, sans se connaître, on peut presque tout savoir sur son voisin, j’ai donc suivi avec amusement nos grossesses simultanées via son twitter. Ainsi, tandis qu’elle assistait aux enregistrements de son Homme de mari (en plein désert à 6 mois de grossesse…), je partais enregistrer un disque au Black Box avec mon groupe…

Les rockeuses et la maternité, voilà un sujet rarement (voir jamais) abordé dans la presse. A croire que ça ne fait pas rêver. Pourtant il y en aurait des choses marrantes à dire sur la question.

Parce qu’on a quand même du mal à décrocher nous les riot grrl. Gonflées à bloc, prêtes à tout dégommer, on se croit totalement invincibles. « Un concert à 7 mois de grossesse », ricanais-je en décembre dernier, « pas de problème! Au pire je chanterai assise! On fera un set acoustique! » (grimaces de mes compères musiciens, pas vraiment emballés…). Une fois de plus, je m’étais bien avancée, croyant pouvoir contrôler l’univers (et accessoirement mon corps) par la seule force du Saint Esprit du Rock’nRoll. Résultat: dernier concert au mois de mars, le ventre déjà bien rond à 4 mois de grossesse, regards gênés du public et du staff (bin quoi ce n’est donc pas sexy une femme enceinte??? On nous aurait donc menti???), et la peur terrible de repeindre la scène entre deux morceaux. (et oui, là aussi,on nous a menti, il y en a comme moi, chez qui l’état de gastro permanente dure neuf mois!). Heureusement, l’expérience s’est finalement révélée assez incroyable: le son qui vibre dans mon ventre, bébé qui s’en réjouit, un nouveau placement de voix plus ample et profond, forcée d’être plus statique qu’à l’accoutumée, mon corps est paradoxalement plus présent, plus ancré dans la scène. Ce soir là, il y avait deux chanteuses. Mon bébé et moi.

Bon je vous rassure, ça se termine quand même par une petite galette passée 23h, mais rien de bien méchant, juste le signe qu’il était temps de rentrer!

Un peu plus tard, à 5 mois de grossesse, nous partions pour le Black Box enregistrer notre 1er album. D’ordinaire, ce n’est déjà pas de tout repos, surtout qu’on a décidé de tout enregistrer en live pour garder le côté brut de nos morceaux. C’est à dire, tout le monde joue en même temps. Pas de retouche (ou peu), de toute façon, ce n’était pas le style de la maison. Autant dire, c’est du sport! Pour ceux qui connaissent un peu mon travail, vous savez déjà que vocalement, c’est plutôt physique, alors imaginez enceinte! Avec bébé qui bouge quand je crie! Une fois de plus, c’est un défi à relever (et ça inclut parfois quelques dommages collatéraux passés 23h-après cette heure la femme enceinte se transforme en zombie- ça non plus on ne nous en parle pas!). De plus les horaires (ou plutôt l’absence d’horaire) qui caractérisent le travail en studio sont difficilement compatibles avec l’état de femme enceinte (les ingé-son, c’est un peu comme les vampires, ça vit la nuit…). Autant dire, une prise de son passé minuit, ça devient pour moi tout de suite beaucoup plus compliqué (surtout quand il faut sortir les tripes). Bref je vous passe les détails un peu crados que ça inclut histoire de ne pas définitivement ternir mon image publique (héhé! j’ai une réputation à tenir!), mais tout ça pour dire, on a évidement rien sans rien (c’est un peu comme le stupide adage « il faut souffrir pour être belle »), il faut souffrir pour être une riot grrl, il faut souffrir pour être maman.

J’oubliais de dire que passé 7 mois, il est presque devenu impossible de se déplacer (surtout en plein été), non seulement à cause de notre superbe allure de baleine mais surtout à cause de la fatigue et du manque tragique de souffle (chanter devient alors impossible). Pour passer le temps pendant cette période de réclusion digne d’un moine tibétain, il me vient alors l’envie irrésistible de jouer de la guitare, mais imaginez avec une ventre gros comme un ballon de foot où placer mon bel instrument? C’est tout bonnement impossible! De plus les vibrations réveillent le bébé qui se met à faire du kung fu in utero (et ça fait mal!). Bref, grossesse et rock’n’roll, ce n’est pas toujours marrant (quoique…), mais je vous le promet les filles, pour une fois le vieil adage dit vrai: le jeu en vaut vraiment la chandelle…

I love you Melody!

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4 Commentaires

  1. Un petit post juste, touchant, et pas lu ailleurs :)

  2. J’adore cet article!! Je me rappelle quand Kim été enceinte. Un de nos derniers concerts avec Mad River été à la Fleche d’Or, un peu plus d’un mois avant son accouchement, elle sautait dans tous les sens, je me disais aie aie aie!!!

  3. Sacrée Kim! Je me demande comment elle a fait!!! ça aurait été impossible pour moi!!!

  4. Super article! Toutefois, comme quoi les grossesses de chacune ne se ressemblent pas, juste un petit témoignage! Je suis actuellement à 5 mois et demi de grossesse et en pleine saison des concerts ( je suis chanteuse et bassiste dans un groupe de rock ) . Pour le moment, le souffle ça va, et la basse et ben je la cale à droite de mon bidou ( ce qui bien sûr à des conséquences sur mon dos). Et lors de ma première grossesse, nous avons fait notre dernier concert un 13 juillet et j’ai accouché le 3 Août, toutefois, je m’étais faite remplacer à la basse au 5 ème mois de grossesse. Mais il est clair qu’il est quand même compliqué d’être à la fois une future maman et une rockeuse ( d’ailleurs la mode femme enceinte ne s’ y prête que peu) :-)

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