Chelsea Wolfe, « Abyss »

Chelsea Wolfe Abyss chronique cover album review doom goth folk

Une rythmique lourde et inquiétante, des brouillards de guitares fuzz salement métalliques. Au dessus de toute cette confusion, plane la voix magique et spectrale de Chelsea Wolfe, ange immaculée ou sorcière maléfique selon l’humeur. Entre folk décharné, indus dévastateur et influence doom, “Abyss”, cinquième album de l’artiste californienne est un objet glacial et captivant, qui nous plonge dans un univers terrifiant au milieu des rêves et des cauchemars d’une prêtresse désincarnée. Un peu comme si Mazzy Star flirtait avec Trent Reznor, on est captivé par la puissance évocatrice et la poésie diabolique de ce disque d’ambiance particulièrement réussi.

Lana Del Rey : Une si belle imposture…

Drôle d’époque tout de même. Où les faussaires récoltent la gloire et l’argent. Une star en carton pâte, bien déguisée en héroïne lynchienne qui plait aussi bien aux Inrocks qu’aux auditeurs de NRJ, affiche son beau minois figé. Lèvres pulpées au collagène et lifting à vingt ans. On se croirait presque dans un roman de Bret Easton Ellis tellement l’affaire semble diaboliquement ciselée. Rien n’est laissé au hasard. Calculé, rafistolé, relooké, marketé, empaqueté, projeté, vendu, emballé. Prêt à embarquer pour des millions d’exemplaires. Prêt à être gobé.

L’autre jour, un peu lasse, je me baladais avec mes enfants chez un « disquaire » bien connu et j’entends de loin ce titre de Lana Del Rey donc, « Shades Of Cool » qui ressemblait à s’y méprendre à un morceau des magnifiques Mazzy Star « California ». L’imposture est tellement belle qu’on en vient presque à apprécier le morceau gentiment dark de Del Rey alors qu’on crachait jusqu’à présent sur à peu près tout ce qu’elle représentait. C’est quand même un comble.

Marissa Nadler, folk céleste et ténébreux…

Ambassadrice depuis dix ans d’un folk fantômatique, parfois gothique, bercé entre inspiration country et l’esprit diabolique de la dream pop époque 4AD, la belle Marissa Nadler qui a rejoint l’écurie Bella Union (label fondé par Simon Raymonde et Robin Guthrie de Cocteau Twins) vient de sortir avec « July », sa plus jolie collection de chansons belles à pleurer.

Mazzy Star « Seasons Of Your Day »

Mazzy Star nous avait laissé tristement sur le bord de la route en 1996, après avoir sorti trois albums merveilleux à quelques années d’intervalles, dont un chef d’oeuvre (« So Tonight That I Might See » en 93), qui a traumatisé une génération entière de chanteuse à la mélancolie lancinante (voire dépressive). Souvent imité mais jamais égalé, Mazzy Star avait laissé une empreinte indélébile, avec ses morceaux vénéneux et psychédéliques, hérités de l’âge du du rock californien (Doors, Love…), tout en vouant une adoration pour les maltraitances déglinguées du Velvet Underground. Mené par le duo David Roback/ Hope Sandoval, ce groupe sensuel au charme diabolique n’a jamais cessé de hanter mes nuits et celles de milliers d’inconsolables mélomanes du rock.