Paulo Transpire « J’arracherais bien »

Pas toujours facile d’assumer sa part de rock’n’roll quand on choisit l’option en français dans le texte. Pas toujours facile de sonner juste, vrai, avec la poésie brute que le rock’n’roll vous impose, sans tomber dans les fameux clichés de la « chanson » (un joli mot pour ne pas en dire un autre…). Tant de groupes se cassent les dents (mais semblent pourtant plaire à la foule), que ça en devient carrément lassant.

Dans l’exercice de style, les quatre filles de Paulo Transpire s’en sortent plutôt bien en déclinant une poésie androgyne décalée sur des riffs sous influence Gun Club (le très bon « Corinne »). Petites tranches de vie, petites tranches de filles (tous les morceaux portent un prénom féminin…), parfois punk franchouillard (« Thérèse »), ou jolie pop assumée (« Joséphine »), quand elles sont à leur top les filles sonnent comme la version chanson française de Jeffrey Lee Pierce (le rigolo « Ursula »), ce qui est plutôt un compliment, le rôle étant jusqu’à présent bien assumé par un certain Bertrand Cantat…

Alors bien sûr, même si les filles sont clairement des rockeuses (du genre garage, clavier et riffs bien rock’n’roll à l’appui), les ombres de Dominique A, Françoiz Breut, Bashung ou Metal Urbain ne sont jamais bien loin. La faute (ou grâce) à ce phrasé/chanté décalé, un peu gauche et bien de chez nous qui colle étonnamment bien avec les influences punk rockabilly du groupe. Et c’est là tout le paradoxe (et la réussite) de ce groupe féminin intriguant. Bien moins à l’aise en anglais (à l’exception du très Jeffrey Lee Piercien « Janine »), Paulo Transpire beaucoup mieux en français et parvient alors à créer un son sensible, singulier et attachant, à la fois bancal et fougueux, loin de l’étiquette un peu réductrice du « rock vagin » qu’elles semblent pourtant revendiquer haut et fort….

Mais peut-on vraiment leur en vouloir? En cette époque étrange où la musique doit être absolument labellisée, cadrée, rangée dans les tiroirs bien précis d’un genre défini (on ne sait jamais si quelqu’un tentait d’oser créer quelque chose de nouveau…), chaque groupe fait de son mieux pour pouvoir sortir de la masse, quitte à inventer des noms de genres improbables, marrants et accrocheurs…

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