Live Report Ruby Throat+John Parish@Batofar 20-07-10

Telle une sirène échouée sur un rivage inconnu, Katie Jane Garside débarque sur la petite scène du Batofar, fidèle à sa légende de diva évanescente, dérangeante et fascinante, l’air hagard, les yeux cernés, cachés sous de grosses lunettes de soleil, le teint blafard et vêtue d’une robe de cendrillon en haillon.

Accompagnée de son guitariste, l’excellent Chris Whittingham, la queen des Riot Grrrl (Queen Adreena, Daisy Chainsaw) vient nous ensorceler avec les très beaux morceaux d’équilibriste folk, intimes et envoûtants, de son side projet, le bien nommé Ruby Throat.

Assister à une prestation de Katie Jane Garside est toujours un moment unique et incroyablement troublant. Que ce soit dans Queen Adreena, où elle joue à merveille son rôle de poupée trash, violente, hallucinée, capable de tous les excès, provocante, répugnante, mais toujours d’une justesse affolante ou dans Ruby Throat, où elle ne martyrise plus son acolyte guitariste, mais tisse sa voix ,de larmes et de sang, dans les arpèges délicats de ce dernier, dans un grand moment de sensualité à fleur de peau, Katie Jane captive.

Comme une héroïne déchue de Lewis Carrol, elle se pose ici en petite fille troublante, Lolita vieillissante et hyper sexuée. Son interprétation est impeccable. Plus minimaliste que dans Queen Adreena, son jeu de scène est réduit à l’essentiel. Assise sagement sur une chaise, tiraillant nerveusement sa robe de baby doll souillée, elle titille son guitariste -cow boy ou fait onduler les courbes de son corps décharné, en équilibre sur ses talons aiguilles.

Jouant des limites de leur concept, le duo utilise à merveille les effets de boucle que soit dans la voix de cristal ou dans les arpèges de guitare, pour créer une atmosphère à la fois douce, hypnotique et violente, toujours tendue, sur le fil, comme en apesanteur. Les morceaux incroyables de l’album « The Ventriloquist » et « Out Of A Black Cloud Come A Bird », sont bien évidement sublimés par le charisme halluciné de cette diva hors pair, seule sur le ring, qui offre au public de grands moments artistiques visuels, sincères, entiers et intenses qui font vraiment du bien dans un univers rock bien trop policé. Repoussant les frontières du folk, post rock, dream pop ou de l’expérimental pure, Ruby Throat explose les codes du genre et ballade ses morceaux, sans pudeur, les émotions à vifs, à travers des visions oniriques, sensuelles et cinématographiques. Le final donne des frissons et laisse tout le monde K.O, lorsque le duo fait monter la pression, laissant s’enchaîner les boucles à l’infini, comme un grondement de tonnerre, violent, poignant, ou la bande son d’un cauchemar éveillé façon David Lynch. Une mise en scène musicale des névroses psychotiques et fascinantes de Katie Jane, intense, vibrant, sauvage et flamboyant.

On ne sort pas indemne d’un concert aussi saisissant, et c’est le souffle coupé qu’on accueille, dans un tout autre registre, John Parish et son groupe. Collaborateur de Pj Harvey, Eels, ou Giant Sand, John Parish, classe de gentleman british et jeu de gratte impeccable, propose ici un voyage à travers ses compositions pour le cinéma (« Rosie ») et ses albums solos (« Once Upon a Little Time », « How Animals Move ») et nous embarque dans un road movie à la « Paris, Texas » dans les vallées abruptes de l’americana, gorgés d’âme et de fantômes country. On pense bien sûr à Giant Sand ou Calexico dans cette façon de marier la pop et l’americana classieuse. C’est plein de guitares slide, de nappes de claviers et de choeurs féminin, ça donne envie de paresser sur un rocking-chair, au bord d’une route perdue…Langoureux et lancinants, John Parish et son groupe, malgré ses grandes qualités techniques, manquent, malgré tout, d’un peu de pêche et de présence. Homme de l’ombre, discret et élégant, John Parish et ses jolies compositions folk rock, mériteraient certainement un(e) interprète un brin plus charismatique, qui permettrait au groupe de prendre son envol et nous emporter plus loin dans les contrées brumeuses du folk rock américain (je repense alors à OP8, très beau disque d’americana hanté, fruit de la rencontre entre Giant Sand et Lisa Germano)…

Photos: Stéphane Dalle

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1 Commentaire

  1. chouette photos ! ;)

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