Rebel Girls ! (petit historique des filles dans le rock)…

Be careful, these women can change your life!

Si vous voulez vraiment tout savoir, j’ai découvert le rock’n’roll vers l’âge de 15 -16 ans. Années plutôt ingrates, vous en conviendrez, où l’on rêve d’être absolument l’inverse de ce que l’on est réellement. Toute timide et mal fagottée que j’étais, je m’en allais donc trouver des modèles auxquels m’identifier, des femmes qui me montreraient la voix sacrée du rock’n’roll….

Car, oui, bien sûr, les femmes ont eu une place importante dans le rock. Pas toujours reconnue, pas toujours bien vue. Mais belle et bien réelle. On les place souvent, un peu facilement, au second plan, derrière leur talentueux mari, ou en groupie hystérique. Mais de nombreuses femmes ont contribué à faire évoluer ce mouvement, en apportant leur sensibilité, leur rage et leur passion.

A l’aube des années 60, la place de la femme dans la société n’était pas très reluisante. La révolution sexuelle et le rock’n’roll va donc secouer tout ça, et laisser enfin les femmes s’exprimer. Adieu donc au modèle de la docile mère au foyer, les girls partent sur les routes, venèrent les Beatles, les Stones et les Kinks, leur jettent leur dessous à la figure en hurlant…. Le ton est donné. On a le droit de se rebeller. Plus tard, certaines finiront même par monter un groupe, car enfin, pourquoi pas nous? (cf « I’m With the Band » de la groupie Pamela Des Barres, chronique hilarante et touchante d’une jeune et jolie californienne qui, dans les années 60, suit ses idoles à la trace et finit faire partie de la vie de pas mal de rock stars de l’époque. Frank Zappa prendra même sous son aile Pamela et ses copines groupies, pour les aider à former le premier groupe de rock entièrement composé de filles, les GTO’s, malheureusement, la drogue et les crêpages de chignons auront raison de l’excellent concept).

L’une des première vraie rock star féminine fut évidement Janis Joplin, personnage flamboyant au destin tragique et à la voix exceptionnelle. 1963, Janis, sort de sa cambrousse du Texas et débarque à San Francisco des idées plein la tête et le blues qui lui colle à la peau. Au sein de ses différentes formations (la meilleure: Big Brother and the Holding Compagny), la folle furieuse, inspirée par des chanteuse noires américaines tel que Bessie Smith, développe sa voix erayée, écorchée vive, et déballe ses souffrances face à un public qui n’en croit pas ses yeux. Personnage emblématique de la scène hippie, Janis vivra comme elle chante: fougueuse et sans compromis, mais aussi dans un état autodestructeur (elle est alcoolique et accro à l’héroïne) qui lui coutera la vie à seulement 27 ans. Elle laissera derrière elle un chef d’oeuvre inachevé intitulé « Pearl » (son surnom), disque de blues rock intense et flamboyant qui contient de fabuleux classiques tels que « Me and My Bobby Mc Gee » ou « Cry Baby ». Janis a vraiment bouleversé le monde du rock, jusque là dominé par les hommes, en imposant une façon rageuse et déglinguée de s’exprimer au féminin.

Au début des années 70, débarque la jeune Patti Smith qui devint « la » grande prêtresse du rock, figure emblématique de la scène New Yorkaise au côté de ses amis de Television, pionnière du punk, cette grande dame inspire toujours le respect grâce à sa voix majestueuse et sa poésie habitée, héritière de Rimbaud ou Genet. S’il ne fallait retenir qu’un disque, ce serait bien sûr, le fabuleux « Horses », chef d’oeuvre de rock incandescent, qui galope sur des terrains jusqu’ici inexplorés, entre chant divin et poésie incantatoire, soutenu par des musiciens en état de grâce. Elle n’a malheureusement jamais fait mieux.

Toujours à New York, à la fin des années 70, on retrouve la belle Deborah Harry. Icône de la scène punk new yorkaise des années 70, Debbie et son groupe, Blondie, a toujours eu une place à part dans le rock. Ils propulsèrent leur punk fun et glamour, au sommet des hit parades grâce à l’album « Parallel Lines », et leur titre disco, « Heart of glass ». Pas mal pour une petite orpheline, qui galèra longtemps comme serveuse sexy pour payer son loyer en rêvant de former un groupe de rock. Heureusement, le destin s’en est mêlé et elle rencontra son futur mari, et guitariste du groupe, Chris Stein. Ensemble ils fondèrent Blondie qui, à la manière d’un Bowie, n’hésita pas à s’inspirer des différents mouvements musicaux de l’époque (punk, new wave, disco) pour le revisiter à sa sauce et créer de merveilleuses pépites de pop coquine et sexy.

Le punk est alors en pleine explosion, et laissera une place de choix aux filles rebelles, que ce soit l’anglaise Poly Stirene et son groupe devenu culte, X Ray Spex,

les 3 folles furieuses des Slits,

ou encore l’inquiétante berlinoise Nina Hagen,

les filles sont bel et bien sur le devant de la scène, et comptent bien y rester. Fin des années 70, le punk s’effrite peu à peu, et se transforme en un courant banalement appelé « post punk » ou « new wave », dont Siouxie et ses Banshees furent les plus ardents représentants. Prêtresse du rock gothique, Siouxie, grâce à une imagerie noire et sadomasochiste, des textes provocateurs, inspirés, et une musique froide, violente, métalique (elle inspirera l’indus de Nine In Nails ou le goth glam de Marilyn Manson), elle deviendra la maîtresse incontestée de ce style, mené par sa voix distante et psychotique.

Dans ce même courant new wave, mais du bon côté de la force, on remarque la présence décalée et détonnante des deux filles au chignon fifties, Kate Pierson et Cindy Wilson, au sein des déglingués B 52’s.

Dans les années 90, et l’émergence du mouvement riot grrl aux USA, le rock devient pour les filles un manifeste féministe, à l’image de groupes comme Hole, Bikini Kill ou Babes In Toyland. La révolution féministe a donc lieu en 1990 à Olympia, Washington. Kathleen Hanna et ses copines lesbiennes fondent le groupe de punk grunge Bikini Kill, inspiré par X Ray Spex ou les Jam, les filles décoiffent et se posent en pionnière d’un mouvement baptisé donc, riot grrrl, qui incite toutes les filles des USA à empoigner une guitare et fonder un groupe 100% féminin afin de prendre la parole (et le pouvoir!). A travers leurs textes rageurs et engagés, les Bikini Kill ont fait évolué l’image de la femme dans le rock et Kathleen Hannah a même rencontré le succès mainstream, en fondant plus tard le groupe Le Tigre.

A la même époque, on découvre l’impétueuse Courtney Love et ses copines de Hole. Adulée ou détestée, la Miss World du grunge ne laisse personne indifférent. De par ses prises de position féroces, ses coups de gueules venimeux, son addiction à la drogue et son mariage avec le beau et talentueux Kurt Cobain, Courtney déchaine si bien les passions qu’on en oublierai presque sa musique. Un rock débraillé, féministe, malade et écorché vif, fait de blessures et de coups, totalement impudique et violent, qui prend ses racines dans le punk, le hardcore minimaliste et la pop lo fi. A l’image du morceau « Doll Parts », classique biscornu de l’ère grunge, symbole d’une époque et d’une génération.

Sur les traces de sa copine Courtney Love, Kat Bjelland fonde dans les années 90, le collectif féminin Babes In Toyland, qui joue un rock grunge détraqué et obscène, mélange de dissonances de guitare et de cris de sorcière hystérique. Groupe unique et génial de part ses compositions et son univers de conte de fées malade et cauchemardesque, Babes In Toyland ne rencontrera pourtant jamais vraiment le succés mais demeurera un groupe culte de l’underground. Kat Bjelland fondera par la suite (avec des hommes cette fois ci) le groupe Katastrophy Wife.

Mais que se passe-t-il à cette époque de l’autre côté de l’Atlantique? Début des années 90, une jeune campagnarde du Dorset débarque avec « Dry », un album de rock blessé et sans compromis dans lequel la jeune Polly Jean Harvey débale ses maux avec une violence retenue et une classe inouïe. Plus tard, on la retrouvera sur « To Bring You my love » dans lequel elle défroque le blues à la manière d’un Captain Beefheart, ou « Rid of me », produit par Steve Albini dans lequel elle malmène brutalement son rock sauvage. Des années plus tard, elle réussira à écrire son album le plus Patti Smithien, « Stories from the City, Stories from the sea », grand disque de rock lumineux dans lequel la belle Polly a enfin trouvé la paix.

Mais aujourd’hui? Qui a repris le flambeau des filles en colère? La révolution est-elle toujours en marche?

Du côté de l’ Angleterre, on ne peut rester indifférent devant le talent de Katie Jane Garside et de son groupe Queen Adreena. Extrême, choquante, sans compromis, KJ aborde dans ses textes des thèmes qui fâchent (la religion, le sexe) et délivre sur scène des shows uniques, théâtraux et obscènes. D’abord avec Daisy Chainsaw, puis avec Queen Adreena, Kj et ses amis sado maso (elle les frappe régulièrement sur scène) jouent un rock baroque, à la frontière du métal glam et du grunge déglingué. A travers des morceaux sans équivoques comme « Pretty like drugs » ou « Suck », Katie Jane Garside reste aujourd’hui l’une des rares figures emblématiques d’un rock au féminin violent, digne héritière de la scène riot grrrl.

Dans la même veine, aux USA, c’est Jessica Fodera qui fait parler d’elle avec son groupe, Jack Off Jill. D’abord très inspiré par la scène riot grrl et les contes de fées cauchemardesques façon Babes In Toyland, Jack Off Jill peaufinera ensuite ses morceaux violents et inquiétants sur leur album emblématique, hanté par les fantômes de Cure ou Nine Inch Nails: « Clear Hearts Grey Flower »…. (Depuis, Jessica a fondé un nouveau groupe, un peu moins violent, mais tout aussi orageux: Scarling)

Dans les femmes actives sur la scène musicale d’aujourd’hui, je devrais également citer le punk californien de Brody Dalle (Mme Josh Homme) et des Distillers :

Le rock’n’roll glamour et sauvage de Juliette Lewis (and the Licks):

la pop destroy des new yorkais Yeah Yeah Yeahs et leur incroyable chanteuse, Karen O:

Le rock garage et sexy de Christina Martinez de Boss Hog:

Et la classe internationale de la belle VV (Alison Moshart) qui officie dans les Kills et les Dead Weather:

Et la liste n’est pas exhaustive! Autant de preuves de l’importance des filles dans le rock!

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4 Commentaires

  1. Je rajouterai Scout Niblet et son folk punkoide,minimaliste et bouleversant !!!!

  2. stef (Raw Melody) dit :

    je rajouterais le groupe punk/grunge/riot grrrl par excellence : L7 !!! quand meme…comment les oublier!

    ces nanas là c'est mes modèles, pas de chichi, du rock on envoi le bois on s'en fout comment on est sapé, maquillé, coiffé, rien a foutre point. elles etaient pas sur scène pour séduire mais pour jouer. ça j'aime. :)

  3. C'est vrai que je n'ai pas parlé de L7. Honte à moi…Peut être une autre fois!

  4. L7 , raincoats, RED AUNTS, 2tears, T.I.T.S, mil mascaras, pussy patrol, malatang machine, petticoats, secretariat, suicidal birds etc etc
    :-)

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