24
avr
2013

C’est plutôt amusant (et réjouissant!) de constater que les deux groupes qui font le plus parler d’eux ces temps-ci sont exclusivement féminin. Coïncidence ou pas, ces deux groupes n’ont même pas encore sorti d’album, mais à l’aide de prestations scènique visiblement explosives, ont su attirer l’attention de la sainte presse rock qui ne tarit pas d’éloge devant ces petits bouts de femme en pétard.

D’un côté, voilà Deap Vally, deux bombes qui débarquent de L.A avec leur mauvaises manières et toute la bad ass attitude requise pour jouer un blues-rock crasseux et sexy. Genre de croisements entre Led Zep, Hole, et les White Stripes. Lindsey Troy chante comme une KJ Garside qui aurait un peu trop fait l’amour avec Robert Plant, et joue de la guitare comme Dan Auerbach des Black Keys (des débuts). Derrière elle, Julie Edwards frappe super fort et bien mieux que Meg White, c’est dire le potentiel du groupe… En attendant l’album prévu pour le mois de juin, on peut toujours saliver sur leur premier Ep « End Of The World », ou sur cet excellent titre disponible en téléchargemen gratuit ici.

Dans un registre un peu plus dark, c’est de l’autre côté de l’Atlantique que ça se passe avec les londonniennes de Savages, soit quatres filles en noire qui reprennent l’histoire du post punk là où Siouxsie and the Banshees, Public Image et Joy Division l’avaient laissé quelques part au début des années 80. Anachronique et passionnant, leur son reprend tous les gimmicks du genre en y ajoutant une certaine dose d’urgence notamment grâce à la voix sombre et inquiétante de Jehn Beth (de son vrai nom Camille Berthomier, une frenchie en fait, ex John & Jehn), qui incarne à merveille la prêtresse cold wave androgyne et déglinguée. On est loin des tentatives desespérées des centaines de groupes d’aujourd’hui qui essaient tant bien que mal de remettre ce genre au goût du jour et de sonner comme leurs aînés. Ce qui frappe à l’écoute des envoûtantes Savages, c’est la liberté d’écriture, l’intensité, la folie douce et malfaisante qui lorgnent au coin des morceaux et qui caractérisaient justement les groupes de cet époque. Ces gens là ne faisaient pas semblant. Visiblement, les Savages non plus.

14
mai
2012

Comme les Kills, Hoboken Division affectionne le rock crasseux, hérité des Stooges et du vieux blues de John Lee Hooker. Comme les Kills, Hoboken Division est un duo suave et salement sexy. Comme les Kills, Hoboken Division n’aime pas les batteurs (ou préfère rester en couple!) et joue avec le feu d’une boîte à rythme (ça passe ou ça casse, mais dans leur cas, ça passe plutôt bien). Bref, Marie et Mathieu d’Hoboken Division sont presque comme VV et Hotel. Ils ont presque tout compris à l’affaire du rock’n'roll.

Carrément emballant leur 1er Ep, déborde de riffs crados balancés par un blues lover qui se laisse mené au doigt et à la baguette par une voix à la Karen O, sexy en diable, charismatique à souhait. Bon c’est tout de même meilleur quand ça envoie du bois ( » Sugardaddy », « Out of Business » ) que sur les deux ballades bluesy un brin mollassones (« Radar On », « Happier Than You ») qui manque parfois un peu d’apparat. Mais le duo nancéien est assez malin pour nous faire passer la pilule sans effort en invoquant les maîtres du genre (Royal Trux, Detroit Cobras,Yeah Yeah Yeahs, et même parfois White Stripes). Bref c’est diablement intéressant, et à la fin du road trip vraiment trop court, on a qu’une envie: remonter à bord!

Vivement l’album donc…

Les titres du disque sont en écoute ici.

Enjoy!

14
mar
2012

Ah les années 2000…Malgré tout ce qu’on peut, parfois à juste titre, leur reprocher, elles ont tout de même permis l’émergence une nouvelle vague de filles en pétard, qui s’inspiraient autant du punk 70’s, que du garage 60’s, le tout dans un joyeux bordel post punk déglingué et carrément réjouissant. Dans le meilleur des cas ça donnait donc Yeah Yeah Yeahs ou Be Your Own Pet. Et si Jemina Pearl s’est depuis pris les pieds dans la pop un peu trop soupe au lait, je n’attend personnellement plus grand chose de la pourtant si prometteuse Karen O, mais enfin les amis, ce n’est finalement pas si grave car ces dames là ont laissé la place à leurs petites soeurs et ce n’est finalement pas plus mal.

A Paris, c’est donc les joyeux Hulawhy qui décident de prendre la relève avec la sortie de leur premier Ep (j’en ai reçu un « homemade », la classe!). 5 titres à l’énergie communicative qui puisent autant dans le son post punk/psyché/barré (B 52’s, Talking Heads…) que dans l’esprit de la scène de New York 70’s (Richard Hell, New York Dolls….), avec aussi un petit coup de rétro au pays du garage (esprit de la pop es-tu là…)

Du bon côté de la force, les 4 parisiens s’en donnent donc à coeur joie à grand coup de riffs joyeux, soutenus par une session rythmique rentre dedans et sacrément efficace (mention spéciale à la basse dansante façon Tina Weymouth). Mais si le groupe parvient à faire chavirer nos coeurs c’est surtout grâce au charisme irrésistible de la voix de sa chanteuse (la jolie Nabiha), une petite bombe d’énergie qui n’a rien à envier à ses aînées, et qui doit sans nul doute tout dégommer en live. Fun, furieuse et sexy, sa voix (mi ange/mi garce) emmène le groupe danser du côté de la pop qui refuse de se prendre au sérieux et donne envie de taper du pied. Marrante, cultivée et taillée pour le dance floor (« Coconut », « Domestically »), la pop/punk de Hulawhy, pile poil dans l’air du temps, se trouve être le remède idéal contre la morosité ambiante, pas étonnant donc qu’ils aient déjà été repéré par le label Platinum qui les fera jouer le 24 mars prochain aux Mains d’Oeuvres à St Ouen.

Affaire à suivre donc…

13
fév
2012

Il y a des groupes comme ça, dont on ne peut s’empêcher d’être terriblement jaloux. Parce qu’ils ont à peu près tout: le son, le look, l’attitude, l’indépendance, la classe et surtout des chansons imparables. Profondément punk, irrésistiblement pop. Mad River a tout compris.

Loin, très loin devant la concurrence, Mad River sort ainsi son deuxième album « Shining », 4 ans après « Lonely Are The Brave ». Toujours aussi sauvage et indomptable, le trio balance un sans faute: 11 titres de rock cultivé et inventif, servi par un sens inné de la mélodie pop et porté par le charisme de ses deux leaders: Kim Ohio, chanteuse/furie, dont la voix insolente rappelle souvent l’énergie de Karen O (des débuts), et Fabrice, guitariste/mélodiste incisif au jeu subtil et souvent renversant. Derrière ce bel habillage pop moderne (certains diront « post-punk »…) Mad River expose des textes poétiques et engagés, offrant la vision d’un monde chaotique (« Hollywood Babylon ») avec un regard désabusé (« Hello Yellow », « Gold Into Lead »).

En bon magicien de la pop, Kim et Fabrice transforment ainsi tout ce qu’ils touchent en or, et grâce à de formidables trouvailles mélodiques (de voix, d’orgue et de guitare) chaque titre (ou presque) devient un tube. Malins, ils se servent de la britpop pour parler écologie (« Hello Yellow ») ou même d’une bien jolie comptine (incroyable « Shining ») au refrain implacable. Ils passent du coq à l’âne sans jamais se perdre de vue (du punk « Plastic Glance », dans lesquels Kim chante comme Iggy Pop époque Stooges, au riff Led Zeppelinien d’ »Hollywood Babylon »). Pas le temps de s’ennuyer tout au long de cet album riche en référence qui replace la pop, la vraie, au centre de la cause punk. Car ces temps ci, on l’oublie un peu trop souvent: mais la mélodie, c’est le nerf de la guerre. Car finalement, que trouve t-on derrière l’attitude et le son des vieux Buzzocks, Damned,Ramones ou Sex Pistols? Une p*** de chanson pop! Et quel est ce courant des 60’s que les rock critics appellent communément le garage (et qui est aujourd’hui un terme fourre tout utilisé à tort et à travers)? Ni plus ni moins que de la pop. De la vraie. De belles mélodies accrocheuses. De sacrées tubes en puissance. C’est dans ce sillon là que se situe les trois amis de Mad River.

Car tout au long de « Shining », on pense à plein de trucs cool: Buzzcocks, Be Your Own Pet (« Your Happiness »), Yeah Yeah Yeahs, Blondie, Blur, et même les Strokes sur le très beau « Guaranteed » (mon morceau préféré). Rien à jeter. Tout est bon. C’est même presque trop court.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…