29
sept
2010

Une belle soirée surréaliste vendredi dernier, où l’on a longtemps attendu la belle arlésienne, Karen Elson (viendra?viendra pas?). C’est bien simple, on se serait presque cru à un vieux concert des Guns, si l’organisateur de la soirée n’était pas venu nous expliquer, vers 22h, que le tour bus de Miss Elson était tombé en panne et qu’ils étaient à soixante bornes de Paris….Autant dire, ce n’était pas gagné…

Mais revenons au début de cette belle soirée chaotique, pleine de surprises et de rebondissements…

ça commence avec le très beau set de MAI, alias Johanna Wedin, jeune et jolie suédoise exilée à Paris, à la voix de princesse cristalline, qui n’est pas sans rappeler les émois mutins de Sol Seppy ou Hope Sandoval. Accompagnée par un guitariste délicat, qui enveloppe sa douce voix de fée, d’arpèges lumineux, nostalgiques, et de samples discrets, du plus bel effet, le folk aérien de MAI s’écoute les yeux fermés, comme un rêve éveillé, enfantin et charmant. Pleine de grâce et d’humour, la jolie Johanna tient la scène de son allure gracile et sensuelle, lance des petites blagues, déstabilise son guitariste, balance des regards mutins, et met ainsi le public dans sa poche avec une classe infinie et une grande humilité. Avec une voix vraiment sublime qui accompagne des morceaux originaux et lumineux, MAI a tout d’une très grande, et le duo se permet même, en fin de set, une reprise du cultissime « Si Tu Dois Partir » de Fairport Convention, tout en douceur, et la filiation parait alors plus qu’évidente. Pour moi, c’est une grande découverte.


Après MAi, le flou artistique s’installe. Mais où est donc Karen Elson? Sur la scène vide, rien n’est installé, et tout porte à croire que la jolie rousse risque de ne pas pointer le bout de son nez mutin.

Vers 22h, l’organisateur monte sur scène et annonce que Karen est sur la route depuis 24 h, problème de bus, mais qu’elle veut absolument faire ce concert. On nous propose d’attendre jusqu’à 23h. Certains partent, crient « remboursé! » (ah les parisiens…), nous restons sagement, profitant de l’aubaine, espérant que ce contre temps jouera en la faveur de Miss Elson, qui risque de proposer un concert assez unique et particulier.

On ne sera pas déçu.

Vers 23h, toujours pas de Karen, mais on nous annonce qu’elle est sur la route et propose de payer un coup à toute la salle, pour nous faire patienter. Rassuré, le peuple assoiffé se rue vers le bar, et j’élimine quant à moi l’option Axel Rose. Cette fille a l’air bien sympa. Respect du public et tout et tout. Plutôt classe. ça promet.

Finalement vers 23h30, les musiciens entrent en grande pompe et presque en courant, par la grande porte (pas d’entrée des artistes à la Boule Noire?) suivi de Karen Elson, grande silhouette longinine, toute de noir vêtue, perchée sur d’interminables talons aiguilles.

Miss Elson et son groupe s’installent direct, font un line check de deux minutes trente, en plaisantant avec le public de leurs mésaventures (« un cauchemar », répète Karen, en souriant), puis attaque direct sur « The Ghost Who Walks » en acoustique, brut et superbe. On est scié par autant d’humilité et d’efficacité.

S’exprimant en français entre les morceaux, Karen présente, en souriant, son groupe, précisant que ce soir, le pauvre batteur se retrouve réduit à jouer des petites percussions, faute de temps pour installer la batterie. Le groupe enchaîne ensuite les morceaux de l’album de Karen Elson, les arrangements réduits au stricte nécessaire (un accordéon, un violon, une basse et deux guitares), les titres nostalgiques et délicats de l’album n’en ressortent que grandit. La voix élégante et impeccable ne bouge pas. Grande leçon de professionnalisme, et une fois de plus, d’humilité. Karen Elson se met à l’aise. Elle se débarrasse de ses talons aiguilles, bel instrument de torture (« Who need shoes anyway? ») communiquant chaleureusement avec le public ébahi et complètement sous le charme de cette sublime anglaise, (pas étonnant qu’elle ai été l’égérie des plus grands photographes et couturiers de son époque) à la fois féline, chaleureuse et sensuelle.

Rien à dire quant à l’efficacité et la beauté de ce concert anachronique qui semble presque improvisé (ce qui n’est bien évidement pas le cas), où Karen règne en maîtresse dominatrice, réinventant sa set list à la dernière minute.

En fermant les yeux, on a l’impression d’être transporté dans le désert du far west, apercevant au loin les silhouettes pleine d’allure et de panache de Gary Cooper ou John Wayne, sur leur beau cheval cendré. Ces morceaux là nous rappellent l’Amérique qu’on aime, fière, sensible et captivante, et on a bien envie de rejoindre la belle Karen dans ce trip nostalgique mais jamais passéiste, plein de grâce et de fantômes perdus.

En rouvrant les yeux, Karen aura disparu, après un rappel et deux morceaux. Mais comme un retour à la réalité de ce concert atypique et « improvisé », elle revient, deux minutes plus tard, récupérer, en riant, son sac à main Dior, qu’elle avait abandonné sur scène, en hâte, à son arrivée …

Un moment assez unique et touchant.

Photos: Stéphane Dalle (galerie complète ici)




(Un grand merci à S.D, my favourite wizard, qui parvient toujours à capter la grâce et l’énergie, même dans les salles les plus sombres…)

27
sept
2010


Soirée sauna à la Flèche d’Or, en cette fin d’été parisien, option élimination des toxines à grand coup de rock’n'roll (mais à quand la clim’ dans cette salle mythique?), avec en ouverture, les parisiens The Good Ones, quatuor à tendance garage, plutôt influencé par la vague rétro actuelle (Jack White et compagnie), emmené par une chanteuse à la voix de peste nonchalante, qui n’essaie même pas de mettre le public dans sa poche.

Visiblement bien nerveux, The Good Ones enchainent les titres sans trop de pêche, hésitant à se lâcher devant cet impitoyable public parisien (ils avaient pourtant pas mal de fans dans la salle). Malgré de bonnes intentions punk, la chanteuse manque un peu d’assurance et de puissance vocale, et le groupe derrière est terriblement mollasson. Les morceaux, plutôt sympathiques, mais pas franchement inoubliables, s’enchaînent et se ressemblent un peu tous, laissant une pénible impression de déjà vu qu’on aimerait ne pas éprouver. Vers la fin du set, le groupe tente de se reprendre et ose une petite reprise de « Black Math » des White Stripes, mais décidément rien n’y fait, tout ça reste bien poli, correct, et despérément mou (un comble, pour un groupe de garage…)


Heureusement, on peut compter sur le talent de Band Of Skulls, pour nous sortir de cet état léthargique. Charisme incroyable, jeu de guitare assez éblouissant, je l’avoue, le beau Russel Marsden (allure de Kurt Cobain vitaminé) m’a vraiment impressionné. Bien roots, bien rock’n'roll, les morceaux de leur excellent premier album « Baby Darling Doll Face Honey », même les plus lents, sont brillamment sublimés par un son vraiment somptueux, exceptionnellement chaleureux. On a tellement l’habitude de se contenter de concerts au son pas forcément léché, dans des salles à l’acoustique pitoyable, que lorsqu’on assiste à un show comme celui ci, on ne peut qu’être enthousiaste. Le groupe, sexy, délicat et vraiment sympathique emballe la salle entière qui bouillonne de plaisir. Tour à tour, enflammé, émouvant, entier, Band Of Skulls interprète la plupart des titres de leur premier album, avec beaucoup de délicatesse et d’ardeur, un bel esprit rock’nroll, et beaucoup d’humilité. Et ça fait vraiment plaisir.

Ces trois là ont un vrai talent et beaucoup de courage, dans une époque où le rock est devenu bien poli, bien lisse, bien cadré, de faire le grand écart entre les genres (garage/post punk/psyché) sans se soucier des étiquettes, en véritable amoureux de la musique. Gros respect donc, car franchement, je ne m’y attendais pas. Avec de belles ambiances lumineuses, d’inspirations post punk (« Impossible »), de bons moment de rock’n'roll bluesy (le génial « Light Of The Morning ») le trio ballade élégamment ses morceaux à travers un set efficace et cohérent, parsemé de hits en puissance (imparables « Death By Diamonds and Pearls »et « I know What I am ») et de ballades pleine d’émotion(« Fires »). Les voix s’enlacent, la basse ronronne et le batteur avoine sec, le trio met tout le monde d’accord et nous laisse sans voix.

Un très bon concert donc, dont on ressort le sourire aux lèvres (et trois kilos en moins!)…

photos:Yann Charles





(un grand merci à Yann Charles pour ces belles photos)

15
sept
2010

Retour à l’Espace B, ce vendredi, une semaine pile après le dernier concert de Candy Flesh en ces lieux. L’Espace B, petit café concert à deux pas de la Villette, redevenue une salle accueillante depuis le départ d’un certain « programmateur » (sosie humain de Jabba The Hut), qui avait la sale manie de faire raquer tous les petits groupes parisiens dit « amateurs », pour les faire jouer dans une salle vétuste, et s’en mettre, au passage, plein les poches. Bref le lieu a depuis été repris (et renové) par l’association La Compagnie Générale, qui tente de réhabiliter cet endroit mal aimée, en proposant une vraie programmation de rock indé.

C’est donc un Espace B déjà bien rempli qui accueille le groupe Bad Lips. La température monte d’un cran dès l’entrée en scène de la jolie chanteuse, qui n’en finit déjà plus de se dandiner. (Le public masculin, conquis d’avance, en a pour son argent). Le groupe derrière joue, mollement, un genre de rock groovy et sexy, sans grande passion (on se demande même parfois ce qu’il fait là…) Les morceaux ne décollent pas vraiment, malgré quelques bonnes idées de grattes et d’ambiance, le tout manque sévèrement de cohésion. Malgré cela, en bonne front woman, la chanteuse moite et sexy fait son show érotique. Elle susurre, éructe, charme le public, mais oublie régulièrement de faire quelque chose de sa voix. Dommage car cette fille là possède un charisme évident (et un physique avantageux), mais manque bien d’un peu de venin (n’est pas Jennifer Charles qui veut..).


Bien plus revigorant et subversif, Lolito débarquent ensuite pour un set tout en nuance. Découvert lors d’un concert au Klub au printemps dernier, les Lolito m’avaient mis une belle petite claque avec leur pop légère, classieuse et décalée. Quatre mois plus tard, le groupe propose un set un peu moins nerveux et tendu, mais tout aussi efficace. Entre deux tubes pop, Lolito laisse la place aux ambiances suaves et à l’émotion, dans la veine de leur titre très inspiré par Blonde Redhead « Echo Echo ». Moins sautillants, moins punk, mais toujours accrocheurs, ces morceaux donnent une toute autre couleur au groupe, et leur permet d’explorer des registres plus langoureux. Heureusement, l’énergie punk n’est jamais très loin, et Lolito nous redonnent envie de danser en enchaînant sur des titres bien décalés et plus légers (« Lolito », « B.A.S.T.R.D »), à la folie communicative. Un grand écart assez osé qui n’est pas donné à tout le monde. Sur scène, Anne, la chanteuse, tient la baraque, affichant toujours un sourire joyeux et coquin. Jouant un peu moins sur le côté « duo girl power », que lors du précédent concert parisien (snif snif, c’était pourtant bien!), le groupe trouve ici une autre cohésion, un peu plus distante et nuancée, et n’hésite pas à échanger régulièrement les rôles et les instruments (clavier/orgue/basse/guitare). Le public, bien emballé, en redemande, et Lolito, après un joyeux rappel, quitte la scène sur son tube, « Hold Me Kiss Me », qu’on aura dans la tête jusqu’au lendemain….(et plus encore!)





Photos: Stéphane Dalle (galerie complète dans la section « pictures »)

7
sept
2010

Je ne sais pas vous, mais en cette période de rentrée morose et déprimante, j’ai bien besoin d’une petite dose de pop british, légère et rayonnante pour me remonter un peu le moral… Un peu de baume au coeur donc, en cette fin d’été avec les londoniens d’Allo Darlin’, et leur premier album éponyme de pop bucolique et ensoleillée, sorti en juin sur le label Fortuna Pop.

J’ai d’abord découvert ce groupe délicieux grâce à ce titre incroyable « Henry Rollins Don’t Dance », super morceau d’indie pop, joyeux et décalé, aux paroles vraiment hilarantes (sur la pochette du single, Henry Rollins a la fièvre du samedi soir…).

Quelques temps plus tard, Allo Darlin’ balança ce très beau titre « The Polaroid Song », au charme délicieusement rétro, qui figure aussi sur l’album sorti cette année.

Alors voilà un album de pop ensoleillée, léger et délicat, avec tout plein de tubes (« Kiss Your Lips », « Silver Dollars », « Polaroid Song ») qui font penser aux meilleurs moments de Belle And Sebastian ou Camera Obscura (les anglais, avec un « C », sic), la dépression latente en moins. Désinvoltes et aériens les morceaux d’Allo Darlin’ s’écoutent sans réfléchir, comme la bande- son idéale d’un été langoureux et paresseux. Et ça fait du bien.

Armée de son adorable ukulélé et de sa voix fluette, Elizabeth Morris, jeune australienne exilée à Londres, également chanteuse de Tender Trap, mène la barque. Miss Morris et sa bande de hippies n’ont pas froid aux yeux, et sont même parfois assez désarmant, en parvenant à émouvoir avec une love song qui parle de cuisine! (« Heartbeat Chili »). Rien que ça, ce n’est pas donné à tout le monde…

Du second degré, savoureux et jouissif, qui déborde des textes vraiment cool et délicats d’Elizabeth (excellent « Woody Allen ») c’est ce qui fait aussi tout le charme de ces morceaux adorables et gracieux au charme très sixties. Un brin romantique, mais toujours décalé, »My Heart Is A Drummer » ressemble à un morceau des Smith sous amphète, tandis que le génial « Dreaming » fait penser à New Order revisité par une Cat Power hilare. Enfin l’album se termine sur un « What Will Be Will Be », petit clin d’oeil humoristique (et touchant!) à Doris Day et Hitchcock…

Bel exploit donc, pour Allo Darlin’, de parvenir à nous faire sourire et nous émouvoir tout au long de ces dix morceaux sautillants, délicats et cultivés qui mettent du baume au coeur bien utile en ce mois de septembre grisonnant…