6
juin
2011

C’est avec une grande tristesse que l’on apprenait, le 25 avril dernier, la mort de la reine du punk, Poly Styrene des suites d’un cancer du sein. Figure féministe emblématique de la scène punk britannique, pionnière du mouvement riot grrl, l’ancienne chanteuse du groupe X Ray Spex, dont l’album « Germ Free Adolescents », est aujourd’hui considéré comme un classique du genre, a marqué toute une génération de rebel girls, dont l’influence et l’aura demeurent intactes au long des années.

Poly, de son vrai nom Marianne Joan Elliot-Said, a grandi à Londres, dans le quartier de Brixton, élevée seule par sa mère. A 15 ans, elle s’enfuit de chez elle avec 3 livres en poches, pour courir les concerts et les festivals. La légende veut qu’après avoir assisté à l’un des tout premiers concerts des Sex Pistols à Hastings, elle fut si impressionné par la rage et la folie des furieux du punk qu’elle décida de monter son propre groupe. En posant une petite annonce dans un magazine, elle recrute donc Jak Airport à la guitare, Paul Dean à la basse, BP Hurding à la batterie et Lora Logic au saxophone, pour former X Ray Spex. Le groupe fait rapidement parler de lui et enchaine les concerts, attirant ainsi l’attention des labels. En 1977, X Ray Spex enregistre donc son hymne, le génial « Oh Bondage Up Yours! », un single devenu complètement culte, véritable manifeste du mouvement riot grrl (avec 15 ans d’avance!), qui s’ouvre sur un discours proto-grrrl scandé par Poly: « Some People think little girls should be seen and not heard-well I think, oh bondage, up yours! ».

En 1978, le groupe, signé chez Awesome Records (Virgin), enregistre son premier album, manifeste anti consumériste, dans lequel Poly crie, miaule, piaille, sous les riffs punk de Jack Airport et les intrusions surréalistes du saxophone de Rudi Thomson (instrument pour le moins inattendu dans un groupe de punk, mais qui fait toute la singularité du combo). Au côté des Slits de Ari Up, Poly Styrene, à travers ses morceaux virulents, plein de rage, d’ironie et d’urgence, place donc les filles au centre de la cause punk, et devient ainsi l’une des figures les plus emblématiques du mouvement. Aujourd’hui encore, l’album n’a pas pris une ride, et les morceaux précurseurs et furieux de Poly Styrene, sont toujours aussi riches et poignants. Finalement loin des clichés du genre (« I am A Cliche »), toute l’intelligence de Poly et ses potes est d’avoir su élargir le spectre réducteur du punk, en injectant quelques doses de reggae (« Germ Free Adolescents »), de rock’n'roll (« Art-I-Ficial ») ou de jazz déglingué dans leurs compos sauvages, qui 33 ans plus tard, se révèlent toujours aussi fascinantes.

Avec son look anti conformiste, sa voix de teenager hystérique et ses mémorables prestations scéniques, Poly a donc marqué toute une génération. Un peu plus tard, épuisée par les tournées, elle quitta le groupe et X Ray Spex splita inévitablement.

Elle enregistra par la suite, plusieurs albums solos, pas forcément mémorables (« Translucence » en 1980, « Flower Aeroplane » en 2004, et « Generation Indigo » en 2010), et devint, parallèlement à sa carrière musicale, une fervente adepte du mouvement Hare Krishna, qu’elle intégra dès 1983, en vivant au temple Bhaktivedanta, implanté au coeur de la campagne anglaise. Toute sa vie, Poly dut se battre contre ses démons (dès 1978, les médecins diagnostiquent chez elle des troubles du comportement et une schizophrénie), mais jamais cela ne l’empêcha de poursuivre une carrière riche, intelligente et une vie familiale épanouie. En 2008, dans une interview accordée à The Independant, elle se décrivit ainsi:  » I am an observer, not a suffering artist writing from tortured experiences. I was playing with words and ideas. Having a laugh about everything, sending it up. »

De Kathleen Hannah, en passant par Courtney Love ou Beth Ditto, toutes revendiquent l’influence majeure de Poly Styrene, pionnière du mouvement riot, féministe engagée, artiste anti conformiste, dont le chef d’oeuvre « GermFree Adolescents », restera à jamais gravé dans l’histoire du rock.

Rest in peace rebel girl.

31
oct
2010

C’est son Sex Pistols de beau père, Johnny « Rotten » Lydon, himself, qui a annoncé sur son site, la bien triste nouvelle. Ari Up, l’égérie punk des cultissimes Slits nous a quitté, à l’âge de 48 ans, des suites d’un cancer.

Ari, de son vrai nom Ariane Daniele Forster, avait baigné dès son plus jeune âge dans le milieu de la musique. Sa mère, Nora fut la petite copine d’Hendrix, de Chris Spedding, puis épousa John Lydon (et le parrain de d’Ari n’était autre que Jon Anderson de Yes). Un beau back ground, qui n’a pourtant pas forcément toujours rendu service aux Slits, premier groupe de punk féminin, que forma la petite Ariane en 1976, alors qu’elle n’avait que 14 ans.

Avec Palmolive derrière les futs, Kate Korus (puis Viv Albertine) à la guitare, Suzy Gutsy (puis Tessa Pollitt) à la basse, et bien sûr Ari Up au micro, les filles, du haut de leur 15 ans, ont tout dégommé sur leur passage, faisant passer leurs collègues punk masculins, pour un groupe de bal musette. Sauvages, irrévérencieuses, les Slits ont marqué à jamais le punk anglais de leur empreinte féministes, proposant des textes rageurs et engagés qui dénoncent les carcans machistes et incitent à la rébellion. Inventives, déjantées, Ari Up et ses copines marièrent avec brio et insolence leur amour pour la scène reggae dub et la violence brut du punk rock londonien, laissant derrière elle trois albums, dont le classique de 79, « Cut » (inoubliable pochette sur laquelle les filles, posent telles de fières amazones, les seins nus, couvertes de boue). Franchement qui serait capable de faire ça aujourd’hui?

Voilà, c’était tellement novateur, en avance sur son temps et inattendu, qu’on a appelé cela du post punk (en 79, sic…). Mais malgré leur tournée en ouverture des Clash ou des Buzzcocks, les filles, un peu trop rebelles pour le grand public ne rencontreront pas le succès planétaire de leurs grands frères, mais demeureront une référence dans le mouvement underground et pour toutes les riot grrrl en puissance. Fauchées et déprimées, les Slits ont splité en 82. Ari a quitté Londres et est parti vivre avec mari et enfant en Indonesie, puis en Jamaique, continuant sa carrière musicale avec les New Age Steppers, puis en solo, sans vraiment de succès. En 2006, Ari reforma les Slits avec Tessa Pollitt et de nouvelles recrues pour une tournée à travers le monde, à la recherche sans doute, d’un peu de reconnaissance publique.

Mal aimées mais cultissimes, les Slits, avec leur punk novateur, tribal et distordu, ont influencé un nombre incalculables de groupes et sont responsables, à elle seules de toute la vague riot grrl qui éclata dans les années 90 du côté d’Olympia. Bikini Kill, Le Tigre, Bratmobile, Babes In Toyland, Hole… toutes revendiquent l’importance de « Cut » et du message féministe et sauvage des Slits. Même au delà du punk féminin, l’influence de ces incroyables rebel girls est considérable: Bjork, Nirvana, Young Marble Giants, CSS, Missy Elliot… J’en passe et des meilleurs.

Respect Miss Ari.

un peu de nostalgie avec le « tube » des Slits, « Typical Girls »:

17
juin
2010

ll faut bien reconnaître un fait un important, lorsque l’on s’attaque au sujet des filles dans le rock: les « rebel girls » ne sont pas toujours là où on les attend. Elles ne tiennent pas toujours la place du leader, derrière un micro, à beugler plus fort que les mecs, avec ou sans guitare. Même si le rôle de la chanteuse, front woman, est le plus souvent choisi par les filles qui font du rock, certaines, plus malignes, privilégient une place, certes plus discrète, mais non moins importante: la basse. Un rôle atypique pour une femme, qui va donc très vite se démocratiser dans le petit monde du rock avec plus ou moins de talent. Car même si les vraies bonnes bassistes se comptent sur les doigts d’une main, cet instrument a surtout permis à des personnalités influentes, comme Kim Gordon, de se démarquer, en sortant d’un certain type de cliché.

Tout commence peut être à l’arrivée sur terre des new yorkais de Talking Heads, qui révolutionne littéralement le punk dès 77, en publiant l’album du même nom. Précurseurs du post punk et de la new wave, ils combinent, avec brio, la folie explosive du punk et l’énergie naïve de la pop mélodique la plus élégante, parsemant le tout de touches funk, world et électro. Les Talking Heads avaient donc à leur bord la jolie Tina Weymouth, excellente bassiste au groove funky incroyable et à la bouille irrésistible.

Un peu plus tard, la scène alternative US des années 90 laissent s’exprimer deux vraies riot grrls de la basse, à la fois intègres et influentes, deux Kim impériales qui ont chacune à leur manière, contribué à changer la vision que l’on avait jusqu’alors des femmes bassistes. Tout d’abord Kim Gordon, qui a emmené Sonic Youth et leur noise déglinguée tantôt pop, tantôt expérimentale, au sommet de l’art rock. Groupe culte, hautement influent, à la discographie riche et complexe, Sonic Youth n’a jamais cessé d’encourager, parrainer, voir produire, un nombre important de groupes de la scène indépendante. C’est en effet un peu grâce à Kim Gordon et Sonic Youth que l’on a eu Nirvana, Hole, Breeders, Blonde Redhead, Pavement, Tortoise… (j’en passe et des meilleurs…)

L’autre Kim, c’est bien sûr la géniale Kim Deal qui a réussi l’exploit de faire partie de deux groupes majeurs de la scène rock des années 90. D’abord bassiste des énormes Pixies, puis leader féministe des Breeders, Kim, avec son aura cool, sa voix fragile, touchante, et son jeu de basse punk à souhait, a toujours été un personnage atypique, au charisme chaleureux. Un vrai modèle d’intégrité, la bonne copine idéale, qui n’a pas laissé ses idéaux punk au vestiaire, elle n’a presque jamais cessé de produire des albums impeccables et importants.

Impossible de parler des bassistes sans évoquer la belle D’Arcy qui officia, bien sûr, au sein des Smashing Pumpkins de Billy Corgan. Alors, évidement, son jeu de basse ne restera pas forcément dans les annales, mais il faut bien avouer que Miss D’Arcy avait, sur scène, une classe folle…

Elle fut ensuite remplacée par la sublime Melissa Auf Der Maur, qui prêta aussi sa plastique, et son bon jeu basse, à Hole, pour l’album et la tournée « Celebrity Skin ». La belle canadienne enregistra, par la suite, deux albums solo pas vraiment exceptionnels, mais qui méritent tout de même que l’on y prête une oreille (quelques bons morceaux, co-écrits avec Josh Homme, sur le premier)

En France aussi, on a eu notre bassiste rock, à la fois charmante et rigolote, en la personne de Corinne Marienneau. Téléphone, avant de sombrer dans le rock variétoche pour radio Fm, a tout de même réussi l’exploit de nous pondre, en bons fans des Stones, des méga tubes de rock français, légers, teigneux et bluesy, en témoigne leur excellent premier album sorti en 77.

Je ne vous cite ici que les personnages qui me semblent les plus marquants… Libre à vous d’en rajouter une couche dans les commentaires…

Bref, tout ça pour en arriver à Miss Bassiste Rock 2010, qui n’est autre que la belle Emma Richardson, des excellents Band Of Skulls. (thanks to Yann!) Vous avez sans doute déjà entendu parler de ce trio british, leur côte « hype » ne cessant d’augmenter depuis plus d’un an, difficile de passer à côté…Ils ont sorti un très bon album en 2009, intitulé « Baby Darling Doll Face Honey », qui mélange efficacement le rock sauvage, gras et chevelu de Led Zeppelin, Black Sabbath ou des Stones, et la pop ambiante tendance new wave, façon Brian Eno. Certains morceaux évoquent donc le meilleur des White Stripes, et quand Emma se met à pousser la chansonnette, on pense même au blues noisy des Dead Weather (en moins bordélique). Russel Mardsen, le chanteur/guitariste, couine comme Jack White, et Miss Emma, distante et sexy, évoque souvent la classe idéale de Chrissie Hynde. Le batteur voudrait bien être John Bonham, mais, faute de mieux, frappe bien là où il faut, quand il faut, précis et puissant. Du très bon donc, avec quelques hits en puissance (« I Know What I Am », « Death By Diamonds And Pearls », « Blood »), et de jolies et délicates pop songs, (« Honest », « Fires »). Un très bon groupe donc, qui promet une belle présence scénique à la fois sauvage, gracieuse et sexy. Que demander de plus? (réponse le 22 septembre à la Flèche D’Or)

25
jan
2010

Be careful, these women can change your life!

Si vous voulez vraiment tout savoir, j’ai découvert le rock’n'roll vers l’âge de 15 -16 ans. Années plutôt ingrates, vous en conviendrez, où l’on rêve d’être absolument l’inverse de ce que l’on est réellement. Toute timide et mal fagottée que j’étais, je m’en allais donc trouver des modèles auxquels m’identifier, des femmes qui me montreraient la voix sacrée du rock’n'roll….

Car, oui, bien sûr, les femmes ont eu une place importante dans le rock. Pas toujours reconnue, pas toujours bien vue. Mais belle et bien réelle. On les place souvent, un peu facilement, au second plan, derrière leur talentueux mari, ou en groupie hystérique. Mais de nombreuses femmes ont contribué à faire évoluer ce mouvement, en apportant leur sensibilité, leur rage et leur passion.

A l’aube des années 60, la place de la femme dans la société n’était pas très reluisante. La révolution sexuelle et le rock’n'roll va donc secouer tout ça, et laisser enfin les femmes s’exprimer. Adieu donc au modèle de la docile mère au foyer, les girls partent sur les routes, venèrent les Beatles, les Stones et les Kinks, leur jettent leur dessous à la figure en hurlant…. Le ton est donné. On a le droit de se rebeller. Plus tard, certaines finiront même par monter un groupe, car enfin, pourquoi pas nous? (cf, « I’m With the Band » de la groupie Pamela Des Barres, chronique hilarante et touchante d’une jeune et jolie californienne qui, dans les années 60, suit ses idoles à la trace et finit faire partie de la vie de pas mal de rock stars de l’époque. Frank Zappa prendra même sous son aile Pamela et ses copines groupies, pour les aider à former le premier groupe de rock entièrement composé de filles, les GTO’s, malheureusement, la drogue et les crêpages de chignons auront raison de l’excellent concept).

L’une des première vraie rock star féminine fut évidement Janis Joplin, personnage flamboyant au destin tragique et à la voix exceptionnelle. 1963, Janis, sort de sa cambrousse du Texas et débarque à San Francisco des idées plein la terre et le blues qui lui colle à la peau. Au sein de ses différentes formations (la meilleure: Big Brother and the Holding Compagny), la folle furieuse, inspirée par des chanteuse noires américaines tel que Bessie Smith, développe sa voix erayée, écorchée vive, et déballe ses souffrances face à un public qui n’en croit pas ses yeux. Personnage emblématique de la scène hippie, Janis vivra comme elle chante: fougueuse et sans compromis, mais aussi dans un état autodestructeur (elle est alcoolique et accro à l’héroïne) qui lui coutera la vie à seulement 27 ans. Elle laissera derrière elle un chef d’oeuvre inachevé intitulé « Pearl » (son surnom), disque de blues rock intense et flamboyant qui contient de fabuleux classiques tels que « Me and My Bobby Mc Gee » ou « Cry Baby ». Janis a vraiment bouleversé le monde du rock, jusque là dominé par les hommes, en imposant une façon rageuse et déglinguée de s’exprimer au féminin.

Au début des années 70, débarque la jeune Patti Smith qui devint « la » grande prêtresse du rock, figure emblématique de la scène New Yorkaise au côté de ses amis de Television, pionnière du punk, cette grande dame inspire toujours le respect grâce à sa voix majestueuse et sa poésie habitée, héritière de Rimbaud ou Genet. S’il ne fallait retenir qu’un disque, ce serait bien sûr, le fabuleux « Horses », chef d’oeuvre de rock incandescent, qui galope sur des terrains jusqu’ici inexplorés, entre chant divin et poésie incantatoire, soutenu par des musiciens en état de grâce. Elle n’a malheureusement jamais fait mieux.

Toujours à New York, à la fin des années 70, on retrouve la belle Deborah Harry. Icône de la scène punk new yorkaise des années 70, Debbie et son groupe, Blondie, a toujours eu une place à part dans le rock. Ils propulsèrent leur punk fun et glamour, au sommet des hit parades grâce à l’album « Parallel Lines », et leur titre disco, « Heart of glass ». Pas mal pour une petite orpheline, qui galèra longtemps comme serveuse sexy pour payer son loyer en rêvant de former un groupe de rock. Heureusement, le destin s’en est mêlé et elle rencontra son futur mari, et guitariste du groupe, Chris Stein. Ensemble ils fondèrent Blondie qui, à la manière d’un Bowie, n’hésita pas à s’inspirer des différents mouvements musicaux de l’époque (punk, new wave, disco) pour le revisiter à sa sauce et créer de merveilleuses pépites de pop coquine et sexy.

Le punk est alors en pleine explosion, et laissera une place de choix aux filles rebelles, que ce soit l’anglaise Poly Stirene et son groupe devenu culte, X Ray Spex,

les 3 folles furieuses des Slits,

ou encore l’inquiétante berlinoise Nina Hagen,

les filles sont bel et bien sur le devant de la scène, et comptent bien y rester. Fin des années 70, le punk s’effrite peu à peu, et se transforme en un courant banalement appelé « post punk » ou « new wave », dont Siouxie et ses Banshees furent les plus ardents représentants. Prêtresse du rock gothique, Siouxie, grâce à une imagerie noire et sadomasochiste, des textes provocateurs, inspirés, et une musique froide, violente, métalique (elle inspirera l’indus de Nine In Nails ou le goth glam de Marilyn Manson), elle deviendra la maîtresse incontestée de ce style, mené par sa voix distante et psychotique.

Dans ce même courant new wave, mais du bon côté de la force, on remarque la présence décalée et détonnante des deux filles au chignon fifties, Kate Pierson et Cindy Wilson, au sein des déglingués B 52’s.

Dans les années 90, et l’émergence du mouvement riot grrl aux USA, le rock devient pour les filles un manifeste féministe, à l’image de groupes comme Hole, Bikini Kill ou Babes In Toyland. La révolution féministe a donc lieu en 1990 à Olympia, Washington. Kathleen Hanna et ses copines lesbiennes fondent le groupe de punk grunge Bikini Kill, inspiré par X Ray Spex ou les Jam, les filles décoiffent et se posent en pionnière d’un mouvement baptisé donc, riot grrrl, qui incite toutes les filles des USA à empoigner une guitare et fonder un groupe 100% féminin afin de prendre la parole (et le pouvoir!). A travers leurs textes rageurs et engagés, les Bikini Kill ont fait évolué l’image de la femme dans le rock et Kathleen Hannah a même rencontré le succès mainstream, en fondant plus tard le groupe Le Tigre.

A la même époque, on découvre l’impétueuse Courtney Love et ses copines de Hole. Adulée ou détestée, la Miss World du grunge ne laisse personne indifférent. De par ses prises de position féroces, ses coups de gueules venimeux, son addiction à la drogue et son mariage avec le beau et talentueux Kurt Cobain, Courtney déchaine si bien les passions qu’on en oublierai presque sa musique. Un rock débraillé, féministe, malade et écorché vif, fait de blessures et de coups, totalement impudique et violent, qui prend ses racines dans le punk, le hardcore minimaliste et la pop lo fi. A l’image du morceau « Doll Parts », classique biscornu de l’ère grunge, symbole d’une époque et d’une génération.

Sur les traces de sa copine Courtney Love, Kat Bjelland fonde dans les années 90, le collectif féminin Babes In Toyland, qui joue un rock grunge détraqué et obscène, mélange de dissonances de guitare et de cris de sorcière hystérique. Groupe unique et génial de part ses compositions et son univers de conte de fées malade et cauchemardesque, Babes In Toyland ne rencontrera pourtant jamais vraiment le succés mais demeurera un groupe culte de l’underground. Kat Bjelland fondera par la suite (avec des hommes cette fois ci) le groupe Katastrophy Wife.

Mais que se passe-t-il à cette époque de l’autre côté de l’Atlantique? Début des années 90, une jeune campagnarde du Dorset débarque avec « Dry », un album de rock blessé et sans compromis dans lequel la jeune Polly Jean Harvey débale ses maux avec une violence retenue et une classe inouïe. Plus tard, on la retrouvera sur « To Bring You my love » dans lequel elle défroque le blues à la manière d’un Captain Beefheart, ou « Rid of me », produit par Steve Albini dans lequel elle malmène brutalement son rock sauvage. Des années plus tard, elle réussira à écrire son album le plus Patti Smithien, « Stories from the City, Stories from the sea », grand disque de rock lumineux dans lequel la belle Polly a enfin trouvé la paix.

Mais aujourd’hui? Qui a repris le flambeau des filles en colère? La révolution est-elle toujours en marche?

Du côté de l’ Angleterre, on ne peut rester indifférent devant le talent de Katie Jane Garside et de son groupe Queen Adreena. Extrême, choquante, sans compromis, KJ aborde dans ses textes des thèmes qui fâchent (la religion, le sexe) et délivre sur scène des shows uniques, théâtraux et obscènes. D’abord avec Daisy Chainsaw, puis avec Queen Adreena, Kj et ses amis sado maso (elle les frappe régulièrement sur scène) jouent un rock baroque, à la frontière du métal glam et du grunge déglingué. A travers des morceaux sans équivoques comme « Pretty like drugs » ou « Suck », Katie Jane Garside reste aujourd’hui l’une des rares figures emblématiques d’un rock au féminin violent, digne héritière de la scène riot grrrl.

Dans la même veine, aux USA, c’est Jessica Fodera qui fait parler d’elle avec son groupe, Jack Off Jill. D’abord très inspiré par la scène riot grrl et les contes de fées cauchemardesques façon Babes In Toyland, Jack Off Jill peaufinera ensuite ses morceaux violents et inquiétants sur leur album emblématique, hanté par les fantômes de Cure ou Nine Inch Nails: « Clear Hearts Grey Flower »…. (Depuis, Jessica a fondé un nouveau groupe, un peu moins violent, mais tout aussi orageux: Scarling)

Dans les femmes actives sur la scène musicale d’aujourd’hui, je devrais également citer le punk californien de Brody Dalle (Mme Josh Homme) et des Distillers,

le rock’n'roll glamour et sauvage de Juliette Lewis (and the Licks),

la pop destroy des new yorkais Yeah Yeah Yeahs et leur incroyable chanteuse, Karen O,

le rock garage et sexy de Christina Martinez de Boss Hog

et la classe internationale de la belle VV (Alison Moshart) qui officie dans les Kills et les Dead Weather.

Et la liste n’est pas exhaustive! Autant de preuves de l’importance des filles dans le rock!