21
juin
2011

Etant actuellement à la recherche désespérée de petites berceuses cools mais pas mièvres (futur naissance oblige), j’ai eu la joie de constater que je pouvais, une fois de plus, compter sur mes amours de jeunesse, puisque c’est l’ami Vedder qui sort ces jours ci une jolie collection de morceaux, écrits à l’aide de son nouvel instrument fétiche, le ukulélé.

Je vous rassure tout de suite, Eddie Vedder n’a pas le syndrome tahitien et ses morceaux ne ressemblent en rien à l’indigeste Iz (qui a osé défigurer « Over The Rainbow »…). Sur « Ukulele Songs », vous ne trouverez donc pas de morceaux attrapes-touristes, à l’authentisme de pacotille, à peine bon pour passer en boucle dans les supermarchés….

Les seize compos de ce joli album solo s’inscrivent plutôt dans la lignée de la très belle B.O que Vedder a composé en 2007 pour le film de Sean Penn, « Into The Wild », dans lequel il utilisait déjà son pote le ukulélé. Avec le sens de la mélodie qu’on lui connait, Vedder prend donc le parti d’un album tout acoustique, presque sans arrangement (à peine deux trois violoncelles, quelques choeurs). Mis à nu, dans leur plus simple appareil, la voix et les morceaux du charismatique leader de Pearl Jam, plein de petits défauts, de charme et de romantisme tendre (« Can’t Keep », « Without You »), deviennent alors bien plus touchant que lorsqu’ il sévit au coeur de la machine Pearl Jam. Intimiste et tendre, cet album à la sensibilité exacerbée (« Broken Heart ») propose enfin la face « folk » de Pearl Jam que l’on attendait depuis longtemps (en gros depuis le ratage de leur MTV Unplugged en 1992, qui n’était pas « unplugged » du tout…).

Des petits morceaux sans prétention donc, aux accords simples, deux trois arpèges et une voix sur le bord de la rupture. Rien d’autre. Tout y est. Tout est là. Pas de lyrisme irritant, pas d’arrangement gros sabots. Pas de penchant pour Bruce Springsteen, mais un côté plutôt Neil Young (pour l’inspiration folk 70’s) Vs Jack Johnson (pour le soleil et le surf). Après plus de 20 ans de carrière, l’ami Vedder semble avoir enfin retenue la leçon de ses erreurs passées et ses morceaux en ressortent définitivement grandit. Il se permet même, au final d’inviter deux amis (très beau duo avec Cat Power et un joli moment avec Glen Hansard).

Loin de la grisaille de Seattle, Vedder revient donc aux sources et s’installe sous le soleil de la Californie, sur la côte indomptable et sauvage (Big Sur, façon Kerouac, voir le clip ci dessous), pour nous livrer seize morceaux sincères, intimes et touchants qui pourraient bien ravir les plus ardents détracteurs de Pearl Jam….
Quant à moi, j’ai enfin trouvé des morceaux pour mon bébé…Merci Eddie!!!!

16
juin
2011

Un petit coup de pub pour mes amis de Mad River, qui viennent tout juste de sortir leur dernier clip « Shining », réalisé par Henri-Jean Debon, auteur de nombreux clips de rock indépendant, et notamment connu pour son travail avec feu Noir Desir.
Un joli clip donc, pour un morceau lumineux et engagé aux allures de comptine enfantine, mené par une Kim indomptable et militante. Prêt à exploser à tout moment, le duo propose ici une petite ballade pop classieuse et mélodique dont le refrain imparable risque de ne plus vous quitter…

Pour apprécier tout ça en live, rendez vous le 21 juin aux Disquaires à Paris (avec aussi les excellents Ex-Banza)

6
juin
2011

C’est avec une grande tristesse que l’on apprenait, le 25 avril dernier, la mort de la reine du punk, Poly Styrene des suites d’un cancer du sein. Figure féministe emblématique de la scène punk britannique, pionnière du mouvement riot grrl, l’ancienne chanteuse du groupe X Ray Spex, dont l’album « Germ Free Adolescents », est aujourd’hui considéré comme un classique du genre, a marqué toute une génération de rebel girls, dont l’influence et l’aura demeurent intactes au long des années.

Poly, de son vrai nom Marianne Joan Elliot-Said, a grandi à Londres, dans le quartier de Brixton, élevée seule par sa mère. A 15 ans, elle s’enfuit de chez elle avec 3 livres en poches, pour courir les concerts et les festivals. La légende veut qu’après avoir assisté à l’un des tout premiers concerts des Sex Pistols à Hastings, elle fut si impressionné par la rage et la folie des furieux du punk qu’elle décida de monter son propre groupe. En posant une petite annonce dans un magazine, elle recrute donc Jak Airport à la guitare, Paul Dean à la basse, BP Hurding à la batterie et Lora Logic au saxophone, pour former X Ray Spex. Le groupe fait rapidement parler de lui et enchaine les concerts, attirant ainsi l’attention des labels. En 1977, X Ray Spex enregistre donc son hymne, le génial « Oh Bondage Up Yours! », un single devenu complètement culte, véritable manifeste du mouvement riot grrl (avec 15 ans d’avance!), qui s’ouvre sur un discours proto-grrrl scandé par Poly: « Some People think little girls should be seen and not heard-well I think, oh bondage, up yours! ».

En 1978, le groupe, signé chez Awesome Records (Virgin), enregistre son premier album, manifeste anti consumériste, dans lequel Poly crie, miaule, piaille, sous les riffs punk de Jack Airport et les intrusions surréalistes du saxophone de Rudi Thomson (instrument pour le moins inattendu dans un groupe de punk, mais qui fait toute la singularité du combo). Au côté des Slits de Ari Up, Poly Styrene, à travers ses morceaux virulents, plein de rage, d’ironie et d’urgence, place donc les filles au centre de la cause punk, et devient ainsi l’une des figures les plus emblématiques du mouvement. Aujourd’hui encore, l’album n’a pas pris une ride, et les morceaux précurseurs et furieux de Poly Styrene, sont toujours aussi riches et poignants. Finalement loin des clichés du genre (« I am A Cliche »), toute l’intelligence de Poly et ses potes est d’avoir su élargir le spectre réducteur du punk, en injectant quelques doses de reggae (« Germ Free Adolescents »), de rock’n'roll (« Art-I-Ficial ») ou de jazz déglingué dans leurs compos sauvages, qui 33 ans plus tard, se révèlent toujours aussi fascinantes.

Avec son look anti conformiste, sa voix de teenager hystérique et ses mémorables prestations scéniques, Poly a donc marqué toute une génération. Un peu plus tard, épuisée par les tournées, elle quitta le groupe et X Ray Spex splita inévitablement.

Elle enregistra par la suite, plusieurs albums solos, pas forcément mémorables (« Translucence » en 1980, « Flower Aeroplane » en 2004, et « Generation Indigo » en 2010), et devint, parallèlement à sa carrière musicale, une fervente adepte du mouvement Hare Krishna, qu’elle intégra dès 1983, en vivant au temple Bhaktivedanta, implanté au coeur de la campagne anglaise. Toute sa vie, Poly dut se battre contre ses démons (dès 1978, les médecins diagnostiquent chez elle des troubles du comportement et une schizophrénie), mais jamais cela ne l’empêcha de poursuivre une carrière riche, intelligente et une vie familiale épanouie. En 2008, dans une interview accordée à The Independant, elle se décrivit ainsi:  » I am an observer, not a suffering artist writing from tortured experiences. I was playing with words and ideas. Having a laugh about everything, sending it up. »

De Kathleen Hannah, en passant par Courtney Love ou Beth Ditto, toutes revendiquent l’influence majeure de Poly Styrene, pionnière du mouvement riot, féministe engagée, artiste anti conformiste, dont le chef d’oeuvre « GermFree Adolescents », restera à jamais gravé dans l’histoire du rock.

Rest in peace rebel girl.