29
oct
2012

Quel mouche a donc piqué Cat Power? Non mais sans blague, j’aimerais bien qu’on me dise ce qui a bien pu passer par la jolie tête de notre chère Chan Mashall, hier encore reine du folk indie, aujourd’hui icône déchue. Bon d’accord le déclin avait déjà été amorcé en 2008 par un disque de reprises paresseuses (« Jukebox ») clairement en demi teinte. Mais avec « Sun » sorti ces derniers mois, la belle est tombée bien bas. Beats electro, morceaux minimalistes (certes sa marque de fabrique) mais d’un ennui abyssal, claviers, vocodeurs et tout le tralala…Alors oui, sa voix, intacte a gardé ce beau grain sexy, intime et chaleureux qu’on aimait tant. Mais mis au service de morceaux aussi creux et même parfois d’un goût douteux, elle perd d’un coup tout son intérêt. Bien entendu, la presse parisienne crie au chef d’oeuvre (ou presque), du genre quel audace d’avoir su se réinventer!… Certes, mais dans certains cas, mieux vaut s’abstenir.

Dans le même genre, je n’ai absolument pas compris le dernier disque de Fiona Apple (« The Idler Wheel is wiser than the Driver of the Screw and Whipping Cords will serve you more than Ropes will ever do… » elle aime bien les titres improbables) qui nous a fait à peu près tout sauf des chansons. Je n’ai rien contre l’expérimentation bien au contraire, encore faut-il que ce soit dans le bon sens. A l’écoute de ce disque rude, complexe et passablement chiant, j’ai bien eu l’impression que la grâce et l’esprit de ses modèles (Joni Mitchell, Ricky Lee Jones, Billie Holiday, Kate Bush…) l’avait déserté. Dommage surtout lorsque l’on reconsidère ses trois précédant disques (« Tidal », « When The Pawn, « Extraodinary Machine »), petits bijoux de folk jazzy inspiré et inspirant, servi par une des plus grande voix des années 90. C’était trop beau pour être vrai. Et visiblement c’est déjà fini.

Mais enfin, tout espoir n’est pas perdu puisque jusqu’ici le plus beau disque de l’année est pour moi celui de Patti Smith (qui l’eu crut?), 66 ans, qui avec tout le respect que je lui dois, n’avait rien sorti de vraiment intéressant depuis « Gone Again » en 96. Belle surprise donc que ce bel album riche et puissant aux titres hantés, planants et poétiques (« Amerigo » « Constantine’s Dream »), comme seul la reine Patti en a le secret. Entre hommage à ses amis/amours, (« Fuji-san », « Maria », « Nine »), et à la littérature de Mikhaïl Boulgakov (« April Fool » sur lequel Tom Verlaine pose sa guitare, et « Banga ») la marraine de toutes les rebel girls ne trahit pas son mythe. Sa voix majestueuse n’a pas pris une ride, qu’elle pleure, qu’elle prie, qu’elle scande ou chuchote tendrement à l’oreille de tous ses enfants, la magie reste intacte. La voilà enfin revenue à son plus grand niveau. Il était temps!

18
avr
2012

Il y a deux ans déjà, je vous parlais dans ces pages de ce duo singulier et attachant, mené tambour battant par une chanteuse/serial killeuse du rock à talon aiguille. Sur son premier Ep, armée de guitares tranchantes façon massacre à la tronçonneuse, Johanna Serville détruisait les barrières et les clichés du rock, du folk et du punk pour délivrer des morceaux habités et déchirants oscillant entre larmes et fureur.

Ce premier album, « Storm », reprend donc les choses là où la belle nous les avait laissé: le souffle coupé par sa grande liberté d’écriture (on se souvient de « Twin Sister », sur le 1er ep…), et sa capacité à jouer avec nos émotions à grand coup de montagnes russes. Si on la compare souvent à Pj Harvey, ce n’est évidement pas pour rien. Elle a cette façon très punk et singulière de déstructurer les guitares, en y posant un chant brut totalement libéré, qui laisse la place à l’émotion. Car Johanna chante et joue à coeur ouvert, sans chichi, sans fioritures, sans jamais en rajouter. L’équilibre est parfait entre explosion de fureur (« Cunt ») et moment d’intimité (le très beau « High Heels », 2 titres déjà présents sur le premier Ep). Héritière du punk (« Jesus Is My Girlfriend »), elle en recrache l’essentiel, se jouant des leçons et des conventions avec une liberté déconcertante.

Si « Woo Hoo » ou « Shame » reprennent plusieurs gimicks Pj Harviens, on ne lui en tiendra pas vraiment rigueur, car la belle et son acolyte batteur/soliste sonique sont assez doués et malins pour nous faire avaler la pilule l’air de rien. Puis cela fait tellement longtemps que l’amie Polly ne nous a pas sorti un album digne de ce nom qu’on est pas forcément mécontent d’écouter des morceaux qui s’inspirent avec brio de ses heures de gloire (« Dry » et « Rid Of me » of course). Mais surtout, à plusieurs reprises sur l’album, Johanna tente de s’émanciper de sa cousine du Dorset, en mettant de l’eau dans son vin empoisonné et vient s’aventurer sur d’autres terres habités: sur « Hard Enough » on pense au folk hanté de Nina Nastasia qui s’achève sur un coup de tonnerre sonique (Sonic Youth est passé par là). Sur le très beau et bien nommé « Woman », Johanna, la voix tremblante et prenante, chante comme Beth Gibbons, mais surtout elle se libère totalement et prend toute son ampleur sur « Vain Lullabies », un sublime morceau de larme et de sang. Puis le rock sauvage reprend du terrain sur « Kiss Me Sweet » sur lequel plane le fantôme sexy et brumeux des Kills. Enfin la colère gronde et la tempête sinueuse, sombre et inquiétante (« Storm ») qui représente bien la musique de Jesus Is My Girlfriend, ravage tout sur son passage.

Ne choisissant jamais son parti entre rage et volupté, chagrin et fureur, Jesus réussit le pari de l’album en beauté. Un groupe définitivement à suivre de très près.

Plusieurs dates sont prévues dans le sud de la France, toutes les infos ici.

16
jan
2012

L’inconvénient de découvrir un bon groupe en live, surtout lorsque celui-ci nous a particulièrement séduit, c’est qu’on attend beaucoup de leur passage en studio. Or, on le sait bien, le rock’n'roll, le vrai, suave, sexy et méchant comme celui des Twin Arrows est taillé pour la scène. Leur son sale, vénéneux, trempé dans l’alcool, la sueur et nourrie au biberon du rock seventies (Doors, Led Zep, Hendrix…) s’apprécie vraiment sous la chaleur des spotlights.

Cependant, dans l’exercice studio les 5 compères parisiens s’en sortent plutôt bien. Variés et cultivés, les 10 titres qui composent leur premier album explorent les méandres du rock’n'roll dans toute sa splendeur et sa décadence. Les Twin Arrows n’ont peur de rien et partent dans tous les sens: du rock 70’s (le tube « Jinx » sur lequel plane le fantôme de Jim Morrison) au blues du bayou (« The Woods ») en passant par une ballade lumineuse (« Hey Day ») sous influence Velvet/Mazzy Star (au passage, meilleur titre de l’album) le groupe voyage et n’hésite pas à partir dans des structures complexes, sur les traces de leurs idoles même si parfois, la filiation est un peu trop flagrante ( « Sleepwalker’s Burn » trop calqué sur les Dead Weather). Malgré tout, leur son reste toujours infiniment séduisant notamment grâce à un duo de guitaristes brillants (dont un excellent soliste) et une chanteuse (Eléonore) sacrément charismatique avec sa voix sexy joliment éraillée, quelque part entre VV et Juliette Lewis, cette fille a un potentiel détonnant qui ne demande qu’à exploser.

Au final le groupe se démarque par sa liberté sauvage et l’ardente sincérité de ses compositions qui témoignent de la dévotion totale des Twin Arrows à la cause Rock’n'Roll. Et même s’il ne condense pas encore à sa juste valeur toute la sensualité et la fureur de ce groupe terriblement attirant, cet album est un joyeux apéritif qui se consomme sans modération.

Prochain concert: le 6 avril à la Boule Noire.

5
déc
2011

Back To The Future en 2011? Oui oui, c’est possible…
Car voilà un album amusant et plutôt rafraichissant que nous propose le duo britannique Summer Camp. Et c’est vraiment le genre de titres dont on a besoin en plein hiver. Complètement décalés et anachroniques, Elizabeth Sankey (journaliste au NME…) et Jeremy Warmsley viennent jouer à fond la carte du revival 80’s avec un brin d’humour et beaucoup de nostalgie. Chansons synthétiques, refrain bubble-gum, et pas mal de kitch aussi. Dans le meilleur des cas (les réjouissants « Better Off Without You », « Down », « 1988″), on pense à Bowie période « Modern love », à Cure, Soft Cell, Cocteau Twins, XTC, Talking Heads et à deux ou trois autres trucs cool que nous ont tout de même légués les 80’s. Mais dans le pire des cas (« I Want You », « Brian Krakow », « Done Forever ») on pense aussi à des groupes nettement moins attirants, (Depeche Mode) voir carrément repoussants (Duran Duran), la faute à un penchant un peu trop forcé pour l’électronique de pacotille qui résiste mal au temps qui passe…

Mais tout l’intérêt de ce disque réside dans sa façon plutôt ingénieuse de jouer avec les codes du son 80’s avec tout de même pas mal de dérision, et de le mélanger allègrement avec des influences 60’s (surf rock et girls group façon Shangri La’s), ce qui au final ramène le disque dans l’actualité musicale des années 00 (le nombre de groupe s’inspirant du son 60’s ne manquant pas: Vivian Girls et Beach House en tête). Miss Elizabeth chante d’ailleurs un peu comme la belle Zooey Deschanel de She & Him, elle même très branchée rétro 60’s…

Résultat, « Welcome To Condale » sonne comme la BO du bal de fin d’année de 1988 du lycée de Hill Valley. Visiblement hommage aux films de John Hughes (des samples de dialogues de films parsèment le disque), on se croirait replongé dans les années Breakfast Club, avec tout ce que ça implique de naïveté, de mauvais goût et d’insolence aussi…

Bref un sympathique petit voyage dans le temps tout à fait opportun.