
Quel mouche a donc piqué Cat Power? Non mais sans blague, j’aimerais bien qu’on me dise ce qui a bien pu passer par la jolie tête de notre chère Chan Mashall, hier encore reine du folk indie, aujourd’hui icône déchue. Bon d’accord le déclin avait déjà été amorcé en 2008 par un disque de reprises paresseuses (« Jukebox ») clairement en demi teinte. Mais avec « Sun » sorti ces derniers mois, la belle est tombée bien bas. Beats electro, morceaux minimalistes (certes sa marque de fabrique) mais d’un ennui abyssal, claviers, vocodeurs et tout le tralala…Alors oui, sa voix, intacte a gardé ce beau grain sexy, intime et chaleureux qu’on aimait tant. Mais mis au service de morceaux aussi creux et même parfois d’un goût douteux, elle perd d’un coup tout son intérêt. Bien entendu, la presse parisienne crie au chef d’oeuvre (ou presque), du genre quel audace d’avoir su se réinventer!… Certes, mais dans certains cas, mieux vaut s’abstenir.

Dans le même genre, je n’ai absolument pas compris le dernier disque de Fiona Apple (« The Idler Wheel is wiser than the Driver of the Screw and Whipping Cords will serve you more than Ropes will ever do… » elle aime bien les titres improbables) qui nous a fait à peu près tout sauf des chansons. Je n’ai rien contre l’expérimentation bien au contraire, encore faut-il que ce soit dans le bon sens. A l’écoute de ce disque rude, complexe et passablement chiant, j’ai bien eu l’impression que la grâce et l’esprit de ses modèles (Joni Mitchell, Ricky Lee Jones, Billie Holiday, Kate Bush…) l’avait déserté. Dommage surtout lorsque l’on reconsidère ses trois précédant disques (« Tidal », « When The Pawn, « Extraodinary Machine »), petits bijoux de folk jazzy inspiré et inspirant, servi par une des plus grande voix des années 90. C’était trop beau pour être vrai. Et visiblement c’est déjà fini.

Mais enfin, tout espoir n’est pas perdu puisque jusqu’ici le plus beau disque de l’année est pour moi celui de Patti Smith (qui l’eu crut?), 66 ans, qui avec tout le respect que je lui dois, n’avait rien sorti de vraiment intéressant depuis « Gone Again » en 96. Belle surprise donc que ce bel album riche et puissant aux titres hantés, planants et poétiques (« Amerigo » « Constantine’s Dream »), comme seul la reine Patti en a le secret. Entre hommage à ses amis/amours, (« Fuji-san », « Maria », « Nine »), et à la littérature de Mikhaïl Boulgakov (« April Fool » sur lequel Tom Verlaine pose sa guitare, et « Banga ») la marraine de toutes les rebel girls ne trahit pas son mythe. Sa voix majestueuse n’a pas pris une ride, qu’elle pleure, qu’elle prie, qu’elle scande ou chuchote tendrement à l’oreille de tous ses enfants, la magie reste intacte. La voilà enfin revenue à son plus grand niveau. Il était temps!








